Pascal se méfiait de la rhétorique et de ses fleurs artificielles : « Éteindre le flambeau de la sédition : trop luxuriant. / L’inquiétude de son génie : trop de deux mots hardis » (529-637). Il s’élève contre les fausses beautés, la surabondance, l’excès d’expressivité.

Pascal se méfie des « reines de village » qui font illusion aux amateurs de poésie
Pascal se méfie des « reines de village » qui font illusion aux amateurs de poésie © Getty / Yuri_Arcurs

Inquiétude est un mot très fort : au sens propre l’impossibilité de demeurer en repos, l’agitation perpétuelle, le contraire de l’immobilité, du point fixe, de l’assiette. « Toutes les fausses beautés que nous blâmons en Cicéron ont des admirateurs, et en grand nombre » (610-728).

Comme le disait sa sœur Gilberte : pas de « belles pensées » ni de « faux brillant » chez lui, « jamais de grands mots, et peu d’expressions métaphoriques, rien ni d’obscur ni de rude, ni de dominant, ni d’omis, ni de superflu. » (I, p. 617). Pascal déteste les grands mots. La dernière phrase de L’art de persuader le dit sèchement : « Je hais ces mots d’enflure… » (III, p. 428 ; p. 145).

Un fragment des Pensées porte pour titre « Beauté poétique », et c’est une mise en garde 

« On ne sait ce que c’est que ce modèle naturel qu’il faut imiter, et à faute de cette connaissance on a inventé de certains termes bizarres : “siècle d’or”, “merveille de nos jours”, “fatals”, etc. Et on appelle ce jargon beauté poétique » (486-586).

Il n’est pas souvent question des femmes chez Pascal. C’est pourtant à l’image traditionnelle de la beauté féminine qu’il recourt pour dire sa méfiance de la poésie comme ornements et bijoux :

« Mais qui s’imaginera une femme sur ce modèle‑là, qui consiste à dire de petites choses avec de grands mots, verra une jolie damoiselle toute pleine de miroirs et de chaînes, dont il rira, parce qu’on sait mieux en quoi consiste l’agrément d’une femme que l’agrément des vers. Mais ceux qui ne s’y connaîtraient pas l’admireraient en cet équipage et il y a bien des villages où on la prendrait pour la reine. Et c’est pourquoi nous appelons les sonnets faits sur ce modèle‑là les reines de village » (486-586).

Pascal défend la décorum classique, proportion du mot et de la chose, contre le jeu baroque, disproportion du mot et de la chose ; il se méfie des « reines de village » qui font illusion aux amateurs de poésie. Ce refus irrita Voltaire et suscita cette réserve de Sainte-Beuve :

Si grand que soit Pascal par le génie, il y a mille choses vraies et grandes dans lesquelles, soit à cause de son temps, soit surtout à cause de sa nature [...], il n’entre pas et n’a pas l’idée d’entrer. Énumérons un peu : il ne sent pas la poésie, il la nie ; et la poésie est toute une partie essentielle de l’homme, même de l’homme religieux (Port-Royal, t. III, 1848, p. 38-39).

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