Dans "Ma nuit chez Maud", le film de Rohmer, on disserte longuement sur le pari de Pascal. Souvent, c’est tout ce que l’on retient des Pensées. Mais de quoi s’agit-il ? Est-ce vraiment l’essentiel ?

Le pari de Pascal sur l'existence de Dieux
Le pari de Pascal sur l'existence de Dieux © Getty / Andrew Holt

Dans Ma nuit chez Maud, le film de Rohmer, on disserte longuement sur le pari de Pascal. Souvent, c’est tout ce que l’on retient des Pensées. Mais de quoi s’agit-il ? Est-ce vraiment l’essentiel ?

Nous sommes incapables de connaître Dieu, ni ce qu’il est, ni s’il est. Les « lumières naturelles » ne nous sont d’aucun secours, et les chrétiens ne peuvent pas rendre raison de leur foi. Pascal se heurte-t-il à une impasse dans son apologie de la religion ? Non, car c’est ici qu’il recourt au modèle du jeu, des « partis » comme il dit, pour pousser son libertin à se décider :

Examinons donc ce point et disons : Dieu est, ou il n’est pas. Mais de quel côté pencherons‑nous ? La raison n’y peut rien déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l’extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile : que gagerez‑vous ? Par raison vous ne pouvez faire ni l’un ni l’autre, par raison vous ne pouvez défendre nul des deux (680-418).

Ne nous trompons pas : le pari n’a nullement pour objet de démontrer l’existence de Dieu

Celle-ci est incertaine, et le libertin, qui se conduit comme un demi-habile, répond que, dans l’incertitude, « [l]e juste est de ne point parier ». L’apologiste lui objecte :

« Oui, mais il faut parier. Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez‑vous donc ? Voyons. Puisqu’il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, puisqu’il faut nécessairement choisir, en choisissant l’un que l’autre. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est sans hésiter ! »

Si l’on gagne, car Dieu existe, on gagne tout ; si l’on perd, car Dieu n’existe pas, on ne perd rien, puisque le néant ne peut pas faire payer au joueur son erreur.

Pascal entre dans le détail mathématique : s’il n’y avait que deux vies à gagner, le pari serait équitable, et pourquoi ne pas parier ? S’il y en avait trois à gagner, le pari deviendrait avantageux, et il serait imprudent de ne pas jouer. Mais il y a une infinité de vie à gagner ; il est donc déraisonnable de ne pas parier. Et même s’il n’y avait pas une chance sur deux que Dieu existe, mais une sur l’infini, puisque qu’il y aurait une infinité de vie à gagner, le pari serait encore équitable et vaudrait le coup :

[…] partout où est l’infini et où il n’y a pas infinité de hasards de perte contre celui de gain, il n’y a point à balancer, il faut tout donner. 

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