Pascal eut le sentiment de manquer de finesse auprès de ses amis mondains. Le chevalier de Méré, en 1653, lui écrivait qu’il résistait à ses « longs raisonnements tirés de ligne en ligne », et il prétendait l’avoir « désabusé » (III, p. 353).

Tableau de Jean-Baptiste Lallemand
Tableau de Jean-Baptiste Lallemand © Getty / : DEA / G. DAGLI ORTI

Ses amis défendaient un autre style dans la recherche de la vérité, qui inspira à Pascal ses conceptions du cœur et de la finesse.

Renonçant à rendre visite à Fermat en août 1660, en raison de sa santé, Pascal ajoutait : « […] quoique vous soyez celui de toute l’Europe que je tiens pour le plus grand géomètre, ce ne serait pas cette qualité-là qui m’aurait attiré ; mais que je me figure tant d’esprit et d’honnêteté en votre conversation, que c’est pour cela que je vous rechercherais. Car pour vous parler franchement de la géométrie, je la trouve le plus haut exercice de l’esprit ; mais en même temps je la connais pour si futile, que je fais peu de différence entre un homme qui n’est que géomètre et un habile artisan » (IV, p. 923).

À la fin de sa vie, Pascal jugeait l’honnêteté et la conversation supérieures à la science. Un fragment des Pensées rappelle son évolution :

« J’avais passé longtemps dans l’étude des sciences abstraites, et le peu de communication qu’on en peut avoir m’en avait dégoûté. Quand j’ai commencé l’étude de l’homme, j’ai vu que ces sciences abstraites ne sont pas propres à l’homme, et que je m’égarais plus de ma condition en y pénétrant que les autres en l’ignorant. J’ai pardonné aux autres d’y peu savoir. Mais j’ai cru trouver au moins bien des compagnons en l’étude de l’homme, et que c’est le vrai étude qui lui est propre. J’ai été trompé : il y en a encore moins qui l’étudient que la géométrie » (566-687).

Visant la connaissance de l’homme, Pascal n’a pas trouvé de prédécesseurs et devra là aussi inventer sa méthode.

L’honnête homme, c’est d’abord l’homme honorable, sociable, courtois, poli. Mais les amis de Pascal ont une conception plus élevée de l’honnêteté. Pour eux, c’est la beauté morale qui tient à la recherche du bonheur pour tous, de la paix, « qui est le souverain bien » (116-81). « Tous les hommes recherchent d’être heureux » (181-148), c’est la prémisse commune de l’honnêteté et des Pensées. L’honnêteté et est donc l’art de plaire, de se rendre agréable à tous, de se faire aimer, un art de vivre en société qui, selon Méré et Mitton, ses amis théoriciens de l’honnêteté, inclut le bonheur des autres, l’altruisme : « L’honnêteté doit […] être considérée comme le désir d’être heureux, mais de manière que les autres le soient aussi », exposait Mitton. Les vertus morales sont pour eux inséparables de leur valeur sociale.

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L'équipe
  • Antoine CompagnonProfesseur au Collège de France depuis 2006, titulaire de la chaire de Littérature française moderne et contemporaine
  • Anne WeinfeldRéalisatrice
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