Il y avait en Pascal un jouteur et un joueur. Il aimait les masques, les doubles, les pseudonymes. En pleine campagne des Provinciales contre les docteurs et les jésuites, en 1656, il se cacheen face du collège de Clermont, futur lycée Louis-le-Grand, sous le nom de M. de Mons, emprunté à sa grand-mère paternelle.

Blaise Pascal en train de mesurer l'air
Blaise Pascal en train de mesurer l'air © AFP / Ipsumpix

« Que Dieu ne m’abandonne jamais ! » (I, p. 602), telles furent les dernières paroles de Pascal. Dans le « Mémorial », malgré la confiance et la certitude exprimées, Pascal demandait aussi : « Mon Dieu, me quitterez‑vous ? » (742-913). Le doute est inséparable de la foi. C’est pourquoi l’angoisse que les Pensées cherchent à inspirer au libertin n’est pas un sentiment inconnu de leur auteur.  

Nombre de fragments des Pensées sont tragiques, austères, pieux, édifiants, mais d’autres, ou les mêmes, sont pleins d’entrain, cocasses, railleurs, facétieux : « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou » (31-412).  

Il y avait en Pascal un jouteur et un joueur

Il aimait les masques, les doubles, les pseudonymes. En pleine campagne des Provinciales contre les docteurs et les jésuites, en 1656, il se cache à l’auberge du Roi David, près de la Sorbonne, en face du collège de Clermont, futur lycée Louis-le-Grand, place-forte des jésuites, sous le nom de M. de Mons, emprunté à sa grand-mère paternelle. 

L’esprit de fronde, le ton plaisant des mazarinades, ainsi que leur férocité jubilatoire, firent le succès des Petites Lettres dans les salons parisiens, auprès des gens du monde et des femmes. Pascal se prit au jeu, se plut à la clandestinité et à la raillerie, s’amusa à prolonger le feuilleton. Les applaudissements suscitèrent la gêne de la mère Angélique, qui réprouvait la gloire suspecte et la vanité mondaine gagnées par une « éloquence qui amuse plus de personnes qu’elle n’en convertit » (lettre à Antoine Le Maistre après la Ve Provinciale, 2 avril 1656, p. 195). Les Provinciales ne portaient pas de nom d’auteur, mais, recueillies au début de 1657, elles furent attribuées à Louis de Montalte, prête-nom de Pascal.  

Lorsqu’il lança le concours de la roulette, ou cycloïde, en 1658, le défi lancé aux mathématiciens européens fut anonyme. 

Mais, quand il rassembla ses écrits sur la cycloïde, toujours séduit par la clandestinité, il le fit dans des Lettres d’Amos Dettonville (décembre 1658-février 1659), anagramme de Louis de Montalte.   

Il faut imaginer un Pascal taquin, riant avec le duc de Roannez, Méré ou Mitton. En tout mathématicien, il y a un potache :   « On ne s’imagine Platon et Aristote qu’avec de grandes robes de pédants. C’étaient des gens honnêtes et comme les autres, riant avec leurs amis. Et quand ils se sont divertis à faire leurs Lois et leurs Politiques, ils l’ont fait en se jouant. […] S’ils ont écrit de politique, c’était comme pour régler un hôpital de fous » (457-533).

L’horreur règne dans les Pensées, mais aussi la saveur, la succulence :   « La manière d’écrire d’Épictète, de Montaigne et de Salomon de Tultie, est la plus d’usage, qui s’insinue le mieux, qui demeure plus dans la mémoire et qui se fait le plus citer, parce qu’elle est toute composée de pensées nées sur les entretiens ordinaires de la vie » (618-745).   

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L'équipe
  • Antoine CompagnonProfesseur au Collège de France depuis 2006, titulaire de la chaire de Littérature française moderne et contemporaine
  • Anne WeinfeldRéalisatrice
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