Les rapports de la force et de la justice sont l’un des motifs récurrents de la pensée de Pascal. Il n’approuvait pas la Fronde, qui, on l’a vu, « élève sa prétendue justice contre la force » (119-85).

"Le roi ne tient que de Dieu et de son épée" - Ici Louis XIII dans une illustration Crispin de Passe pour le manège royal d'Antoine de Pluvinel
"Le roi ne tient que de Dieu et de son épée" - Ici Louis XIII dans une illustration Crispin de Passe pour le manège royal d'Antoine de Pluvinel © AFP

En revanche, il accepte la doctrine traditionnelle qui voit dans la force le fondement légitime de l’autorité,  « car l’épée, dit-il, donne un véritable droit » (119-85). 

Ce droit, c’est la possession de la force qui le confère. La formule de Pascal rappelle l’axiome de la monarchie française, d’origine féodale : « Le roi ne tient que de Dieu et de son épée. » Cela veut dire que les rois francs ne relèvent ni du Pape ni de l’Empereur, et qu’ils se font rendre par la force de leurs armes la justice qui leur est due.  

Pascal en tire un plaidoyer pour le maintien de l’ordre du monde 

« Autrement on verrait la violence d’un côté et la justice de l’autre. / Fin de la 12e Provinciale. » (119-85) L’emploi de la force n’est pas injuste, puisqu’il permet que la justice et la violence se retrouvent du même côté, que la violence soit légitime, alors qu’une interprétation trop littérale de la justice deviendrait injuste : « Summum jus, summa injuria », rappelle Pascal en citant l’adage venu de Cicéron : « L’extrême droit est une extrême injustice » (119-85).   

Pascal renvoie ici à la XIIe Provinciale, ce qui vérifie la continuité entre les Petites Lettres contre les jésuites et les Pensées. Dans le conflit qui oppose Port-Royal aux autorités ecclésiastiques, la force et la justice ne se trouvent pas du même côté : 

Vous croyez avoir la force et l’impunité, mais je crois avoir la vérité et l’innocence. C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus.  (XIIe Provinciale, p. 479-480).   

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