« Il ne faut pas que l’homme croie qu’il est égal aux bêtes ni aux anges, ni qu’il ignore l’un et l’autre, mais qu’il sache l’un et l’autre » (154-121). Pascal amorce son apologie en humiliant l’homme, en le rabaissant, en le plongeant dans sa misère. Mais ce n’est pas le dernier mot.

Bellérophon, héros grec, pensai pouvoir rejoindre l'Olympe et séjourner avec les Dieux avec l'aide de Pégase. Un affront que Zeus lui fit payer en le renvoyant dans la misère.
Bellérophon, héros grec, pensai pouvoir rejoindre l'Olympe et séjourner avec les Dieux avec l'aide de Pégase. Un affront que Zeus lui fit payer en le renvoyant dans la misère. © AFP / Leemage

L’homme est une créature intermédiaire, partagée entre misère et grandeur. Après lui avoir montré l’évidence de sa misère, il faut encore lui faire prendre conscience des restes de sa grandeur. Ainsi il connaîtra sa condition entière.   

Une fois de plus, Pascal se montre fidèle à saint Augustin, pour qui : Medius homo est inferior angelis, superior pecoribus, « L’homme tient le milieu entre la bête et l’ange » (Cité de Dieu, IX, 13), l’ange étant lui-même intermédiaire entre l’homme et Dieu. L’homme n’est pas ange et bête à la fois ; il n’est ni l’un ni l’autre, mais il peut se rendre égal à l’un ou à l’autre, se prendre pour l’un ou pour l’autre.   

On retrouve ici les deux écoles ou sectes philosophiques sur lesquelles Pascal fonde toute sa démonstration

D'un côté les stoïciens, représentés par Épictète, et de l'autre, les pyrrhoniens ou sceptiques, représentés par Montaigne.    L’orgueil caractérise les stoïciens, qui pensent pouvoir se rendre égaux aux anges ; la paresse ou la bassesse caractérise les pyrrhoniens, et aussi les épicuriens et sans doute les libertins, qui se rendent égaux aux bêtes : « Les uns ont voulu renoncer aux passions et devenir dieux, les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bête brute » (29-410).

Mais ni les uns ni les autres ne sont parvenus à se débarrasser, soit des passions, soit de la raison. Car l’homme est irrémédiablement intermédiaire.   

Pascal accable l’homme, mais il l’élève aussi, car il reste en lui la trace de sa nature première :  

La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. / Un arbre ne se connaît pas misérable. / C’est donc être misérable que de [se] connaître misérable, mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable (146-114). 

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