Après la mort de Pascal, un domestique trouva, cousu dans la doublure de son pourpoint, un parchemin soigneusement plié, qu’il donna à Gilberte Pascal. La famille comprit que « ce parchemin, écrit avec tant de soin et avec des caractères si remarquables », était une « espèce de mémorial »

Portrait de Blaise Pascal
Portrait de Blaise Pascal © Getty / Heritage Images

Il ne s'en séparait jamais et il relatait une expérience spirituelle advenue dans la nuit du 23 novembre 1654 (III, p. 56). 

Que lui était-il arrivé ? Une vision, une apparition, un ravissement, une extase mystique ? Soyons prudents avec ces mots. Mais sa conversion définitive à Port-Royal s’ensuivit.   

Après la mort de son père, la lettre de consolation que Pascal écrivit en octobre 1651 à sa sœur Gilberte et à son beau-frère montrait déjà sa familiarité avec l’augustinisme. Sa sœur Jacqueline l’ayant quitté pour se faire religieuse à Port-Royal dès janvier 1652, les deux années qui suivirent furent occupées par la fréquentation du duc de Roannez, des libertins Méré et Mitton, par divers projets de physique et de mathématiques, dont l’invention de la « géométrie du hasard » pour résoudre les problèmes posés par le jeu à son ami Méré. Jacqueline date pourtant de l’automne de 1653 le début de son détachement du monde.   

La conversion se précipita

Jacqueline écrit à son frère, non sans rudesse, le 19 janvier 1655 : 

[…] je m’étonne que Dieu vous ait fait cette grâce, car il me semble que vous aviez mérité, en bien des manières, d’être encore quelque temps importuné de la senteur du bourbier que vous aviez embrassé avec tant d’empressement. (III, p. 69).  

Puis, dans une lettre à Gilberte du 25 janvier 1655, elle relate une visite de son frère en septembre 1654 : « […] il s’ouvrit à moi d’une manière qui me fit pitié, en m’avouant qu’au milieu de ses occupations qui étaient grandes, et parmi toutes les choses qui pouvaient contribuer à lui faire aimer le monde, et auxquelles on avait raison de le croire fort attaché, il était de telle sorte sollicité de quitter tout cela, et par une aversion extrême qu’il avait des folies et des amusements du monde et par le reproche continuel que lui faisait sa conscience, qu’il se trouvait détaché de toutes choses d’une telle manière qu’il ne l’avait jamais été de la sorte ni rien d’approchant ; mais que d’ailleurs il était dans un si grand abandonnement du côté de Dieu, qu’il ne sentait aucun attrait de ce côté-là » (III, p. 71). 

Dégoût du monde, mais manque d’attrait pour Dieu et sentiment d’abandon caractérisent alors son état. Le dénouement fut rapide, l’absence de Dieu laissant la place au feu de la présence d’un Dieu sensible au cœur.   

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