La méthode de Pascal est un peu toujours la même. Il présente deux thèses contraires, montre qu’elles sont toutes les deux fausses, ou, de manière plus paradoxale, toutes les deux vraies, et il propose une troisième thèse qui les dépasse en les combinant, en gardant ce que chacune des deux avait de juste...

Pascal par Augustin Quesnel (1595-1661) au Musée National du Chateau, Versailles, France France
Pascal par Augustin Quesnel (1595-1661) au Musée National du Chateau, Versailles, France France © Getty / Imagno

... Et en gardant ce que chacune des deux avait de juste et en rejetant ce qu’elles avaient de faux.

Le procédé a été mis au point dans les Écrits sur la grâce, « l’une des clés de toute l’œuvre de Pascal », comme les qualifiait le grand pascalien Jean Mesnard, en tout cas une clé des Provinciales et des Pensées.

D’un côté, nous avons les calvinistes, qui prétendent que Dieu en créant les hommes a eu la volonté, avant la prévision d’aucun mérite ou démérite, d’en sauver une partie et d’en damner l’autre : c’est la prédestination absolue. De l’autre côté, il y a les molinistes, ou les jésuites, qui avancent que Dieu a eu une volonté égale, générale et conditionnelle de sauver tous les hommes, pourvu qu’ils le veuillent, laissant à leur libre-arbitre de le vouloir ou de ne le vouloir pas, par le moyen de la grâce suffisante qu’il donne à tous les hommes (III, p. 766).

Selon Pascal, l’opinion des calvinistes est horrible et insupportable

Car elle suppose un Dieu cruel, tandis que celle de molinistes est douce, agréable et charmante, car elle suppose des hommes libres. Toutes deux sont excessives et fausses. Entre les deux, l’opinion juste, c’est-à-dire augustinienne, n’est « ni si cruelle que celle de Calvin, ni si douce que celle de Molina » (III, p. 767), et elle les combine :

« […] les molinistes prétendent que la prédestination et la réprobation sont par la prévision des mérites et des péchés des hommes. / Les calvinistes prétendent que la prédestination et la réprobation sont par la volonté absolue de Dieu. Et l’Église prétend que la prédestination vient de la volonté de Dieu et la réprobation de la prévision du péché » (III, p. 768).

Ou encore, « les molinistes posent la volonté des hommes pour source du salut et de la damnation », « les calvinistes posent la volonté de Dieu pour source du salut et de la damnation », et « l’Église pose que la volonté de Dieu est la source du salut, et que la volonté des hommes est la source de la damnation » (III, p. 768).

Pascal présente la doctrine augustinienne de la grâce, suivie fidèlement par les jansénistes, comme coïncidence de vérités opposées : nous sommes prédestinés, nous sommes libres. Mais cette solution n’est-elle pas un peu trop logique, sophistique ou même casuiste ? Et Pascal a-t-il réussi à établir l’identité des positions de Port-Royal et de l’Église ?

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