Les écrits quotidiens de Paul Valéry expriment une inquiétude majeure pour l'avenir du monde, la fragilisation des états, la mondialisation, l'accélération des événements et l'impact de découvertes inattendues. Le chroniqueur Régis Debray révèle ici un Paul Valéry visionnaire et plutôt pessimiste.

Paul Valéry :

Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.

Le penseur ne tenait pas l'Histoire en haute estime : « L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à, celui de la persécution, et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. L’Histoire justifie ce que l’on veut. »

Le grand angulaire de Valéry a eu ses points aveugles, incontestablement : la question coloniale, le facteur démographique, la singularité communiste, l’importance du cinéma, qu’il n’a pas anticipé, et n’aimait pas, et La Recherche du temps perdu, qu’il a sous-estimé. Soit. Il n’y a pas de regard humain à 180 degrés.

Régis Debray :

« Cet homme qui avait parfois le sentiment d’être en retard sur son époque a pris de l’avance sur la nôtre.»

Dans sa biographie de Paul Valéry, Michel Jarrety évoque le « robinsonisme » de l'écrivain dans la tenue quotidienne de ses Cahiers, comme un des traits fondamentaux de sa personnalité intellectuelle. Tout chez l'auteur est à rebours de la pensée unique.

Valéry aimait citer ce mot d’un religieux de l’âge classique, le Père Jean Hardouin, un jésuite érudit : 

Croyez-vous que je me sois donné la peine de me lever tous les jours de ma vie à quatre heures du matin pour penser comme tout le monde ?

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