Avec "Une Saison en enfer" commence le programme de démantèlement du verbe poétique français... Aujourd’hui, nous évoquons le seul de ses ouvrages dont Rimbaud a tenu l’exemplaire publié entre les mains.

Une Saison en enfer d'Arthur Rimbaud
Une Saison en enfer d'Arthur Rimbaud © AFP / BERTRAND GUAY

Rimbaud écrit les poèmes d'une Saison en enfer entre le printemps et l'été 1873. Il commence le programme de démantèlement du verbe poétique français. 

D'autres continueront le travail initié : démembrement, dessiccation, explosion, réinvention, la rampe de lancement est la maison de maman, ferme de Roche. Il est alors rentré d'Angleterre en juillet. Nouveau voyage.

ll retrouve Verlaine à Bruxelles. Leur amour est un sport de combat. Ils s'aiment, donc se déchirent. Équation banale. 

Verlaine lui tire dessus au pistolet. Pan, est le nom d'un dieu et le bruit d'un coup de feu. Rimbaud est blessé au poignet par la bouche à feu de Verlaine.

Il revient à sa table de travail à Roche à la fin de juillet. Le recueil sera publié par un imprimeur belge en octobre. Rimbaud ira à Bruxelles chercher quelques exemplaires. Ce sera la seule fois qu'il tiendra dans ses mains une preuve imprimée de ses œuvres.

Verlaine décrira La Saison… de Rimbaud comme « une prodigieuse autobiographie psychologique »

Un bilan, en somme, tiré à 19 ans d'une vie plus lourde que si elle avait mille ans.

Rimbaud se livre un combat seul sur la corde tendue par ses soins de clocher à clocher, il danse. C'est à dire qu'il se bat de force sur le ring. L'obscurité et l'espérance. En d'autres termes, le démon et la charité. Le Nihilisme et la lumière. 

La saison… commence ainsi : 

Un soir, j'ai assis la beauté sur mes genoux et je l'ai trouvée amère et je l'ai injuriée.

La saison se termine ainsi. 

Cela s'est passé. Je sais aujourd'hui saluer la beauté. 

On voit qui a gagné. Toute saison est éphémère. C'est sa nature, elle passe. Une autre vient, tout passe. Vérité d'Héraclite l'hiver renaît dans le printemps. La vie revient. L'Ordre avec elle.

Hier encore, je soupirais : « Ciel, nous sommes damnés ici-bas ! » 

Le mot important dans ce vers, c'est « hier encore ». Arthur s'en sortira. La saison… n'est pas un délire hermétique, avant gardiste, raffiné. C'est au contraire un chant de rémission. Il dévoile l'issue, l'échappé, L'antidote à l'enfer : Le départ, le voyage dans un Orient lointain. Il est urgent de vivre et d'empoigner le réel. L'aventure est là pour ça, pour Rimbaud. Elle s'appellera l'Afrique. 

« Esclave ne maudissons pas la vie. » 

Le programme préfigure les années du Harare

« Quand irons-nous, par-delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition ? » 

L'École de la vie organique va lui guérir. Assez des chimères, des illusions, des Absinthes, des pseudo-inventions et de l'ambition grotesque de changer le monde ou de réenchanter la vie, comme on dit quand on est incapable de la vénérer. 

Les saisons sont un vitrail, les poèmes, une suite de fragments oniriques ou descriptifs au style percuté. Parfois le bruit de la culasse, parfois le fracas du cristal.

Soudain, la douceur classique. Rimbaud était absolument moderne, car il avait été absolument classique. 

Rimbaud avoue dans Alchimie du verbe, avoir malmené la langue. Il passe en revue ses forfaits. Il s'est égaré. Aurait-il confondu réinventer et détruire ? Il a vécu son initiation chamanique, comme dans les cérémonies vaudou : il a fait couler le sang. Il a vu le feu. Il a foulé le verbe à présent, autre saison. 

Les exemplaires dormiront chez l'imprimeur jusqu'en 1900. Les Européens allaient commencer 14 ans plus tard leur danse macabre. 

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