Rimbaud n’est pas seul dans la ferme familiale. Et Sylvain Tesson vous prouve aujourd’hui qu’il n’est pas facile d’être le frère ou la sœur d’un météorite en fusion !

Peinture éphémère d'Arthur Rimbaud dans la Tour par Jimmy C en juillet 2013. Un événement, Tour Paris 13, organisé par le galiériste Mehdi ben Cheikh
Peinture éphémère d'Arthur Rimbaud dans la Tour par Jimmy C en juillet 2013. Un événement, Tour Paris 13, organisé par le galiériste Mehdi ben Cheikh © AFP / JOEL SAGET

Entre Frédéric, l’aîné gommé de la photo par la mère pour cause de déclassement social, et la soeur Isabelle, très catholique, pièce maîtresse de son enfance, le poète n'est pas seul. Isabelle se chargera ensuite de gommer les ombres du mythe, mais elle sera restée auprès de lui jusqu'au bout, à Marseille.

C'est moche l'annulation d'un homme. Émilie Rimbaud, la fille de Frédéric Rimbaud, le frère d'Arthur, se souvient de sa première et dernière rencontre avec sa grand-mère qui l'a mise dehors de chez elle à coup de balais. Son crime ? Son père avait épousé une ouvrière...

Vitalie, la mère, porte mal son nom. C'est une fleur pas très vitale. Elle naît en juin 1858, et meurt en 1907 d'une maladie au nom désuet qui fleure le transat et le sanatorium, la synovite tuberculeuse.

Isabelle est la deuxième sœur née en 1860. Elle est la pièce maîtresse du dispositif familial. Le mari d'Isabelle, Paterne Berrichon, épousé en 1897, s'occupera avec elle de retricoter le mythe à la sauce bigote, de lisser le portrait d'Arthur Rimbaud, et d'en gommer les ombres. 

Ils n'ont pas envie d'un enfant barbare, ils veulent un génie catholique et propre

Le programme ? Prouver que les relations avec Verlaine furent chastes, accréditer l'Arthur converti au catholicisme lors de l'agonie à Marseille. Et accessoirement, recueillir les dividendes des publications qui commencent à se diffuser au début du vingtième siècle. 

Lettre d'Isabelle Rimbaud du 28 octobre 1892 à sa mère : 

"Quand je suis rentrée près Arthur, il était très ému. Mais il ne pleurait pas. Il était anxieux, mais pas désespéré, comme les autres jours. Je le voyais très bien qu'il désirait ardemment les sacrements, et la communion, surtout. Depuis, il ne blasphème plus jamais. Il appelle le Christ en croix et il prie."

On peut reprocher ses propagandes à Isabelle la catholique. Reste qu'elle fut là à la dernière heure à l'hôpital de Marseille, veillant sur Rimbaud comme une bonne dame blanche.

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