Aujourd’hui, Sylvain Tesson va tenter de vous décrire un parcours fulgurant et circulaire. Comme dans toute révolution, Rimbaud finit par revenir aux sources, c’est-à-dire aux siens.

La maison construite sur les ruines d'une ferme ayant appartenue à la famille d'Arthur Rimbaud, dans le village ardennais de Roche, où le poète a écrit "Une saison en enfer". Cette maison a été rachetée par la chanteuse Patti Smith
La maison construite sur les ruines d'une ferme ayant appartenue à la famille d'Arthur Rimbaud, dans le village ardennais de Roche, où le poète a écrit "Une saison en enfer". Cette maison a été rachetée par la chanteuse Patti Smith © Maxppp / Alexandre MARCHI

La ferme de Roche est l'histoire d'une famille française terriblement ordinaire et banalement complexe, avec ses grandeurs et ses toiles d'araignée. La mère règne ; Arthur Rimbaud est un incendie. Les frères et les sœurs se distribuent autour de l'astre, les uns au service du mythe, les autres rejetés par le système.

La ferme demeure dans les travaux et les jours, mais Arthur défonce tout. La mère tient bon. C'est le mythe familial éternel : un enfant naît, il pousse, il étouffe. Ce qu'il veut, c'est ce que veulent tous les adolescents, sauf que lui, il sait le dire : il veut un monde toujours divers, toujours nouveau. 

Grandir, c'est fuir

Rimbaud part.

Il rue dans les brancards du monde. Il renverse la table de la langue. Il crache sur la beauté. Il la sert. Il maudit le ciel. Il se blesse. Il revient. 

Et vers qui revient-t-il après le galop d'enfer ? Vers sa terre, sa mère, sa sœur, sa chambre… avant d'aller mourir à Marseille le 10 novembre 1891, il aura le temps de gagner la ferme familiale en wagon spécial à la fin de juillet, pour embrasser sa mère. 

Ulysse avait donc raison. On revient à Ithaque parce que dans la vie, on a que cela. Il revient à Dieu aussi, peut être, même si nous n'en savons rien, et même si cela agace prodigieusement les esprits libres, ces tartufes qui ont la chance de disposer de vraies informations sur le sujet. 

Oisive jeunesse. À tout asservie /Par délicatesse. J'ai perdu ma vie.

Rimbaud, Louis-Ferdinand Céline t'a destiné une phrase dans Mort à crédit : "45 ans après sa mort, c'est naître qu'il n'aurait pas fallu".

Pour toi, cela aurait été reposant pour nous, une perte. Sans toi, certains contemporains continueraient à planter des tulipes en plastique dans le ciel de Paris, en continuant à croire qu'ils sont des génies.

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