Dans l'Ardenne, c’est l'ennui des impasses de province, dans l’Arabie, c'est l'ennui du néant oriental. Sylvain Tesson espère qu'il ne sera pas ennuyeux pour vous aujourd'hui L’ennui fut le pire ennemi de Rimbaud et nous allons détailler comment il a passé sa vie à le fuir !

Rimbaud quittera l'ennui d'en haut pour l'ennui d'en bas. Ici sa maision à Harar
Rimbaud quittera l'ennui d'en haut pour l'ennui d'en bas. Ici sa maision à Harar © Getty / Eric Lafforgue/Art in All of Us/Corbis

L'Enfance est un tunnel, on rêve d'en sortir. Au bout, la lumière, la promesse, la liberté. Demain, l'aventure commencera. 

Hélas, au bout du tunnel. Le monde est souvent décevant et la lueur, trompeuse. On connaît cette blague soviétique : « Camarade, tu vois la lumière au bout du tunnel. C'est un autre train qui arrive en face. » 

Pour Arthur Rimbaud, l'enfance s'étire, morne plaine en pleine montagne

L'Ardenne et le pays de l'enfance et de la liberté. Mais la liberté constitue le territoire de l'évasion. Car l'enfance d'Arthur est un carcan. On oublie que pour un enfant, la nature est d'abord un plan d'évasion. 

Une mère dure veille sur la vie grise d'Arthur. Le reste : une école ennuyeuse, une église écrasante, une vie dans les toiles d'araignée. La mer, l'école, l'église : une trinité de Mauriac pour une réalité de Rimbaud.

Arthur cherchera à échapper à la première, à séché la seconde à se moquer de la troisième. 

Sa première illumination ? Sa certitude d'enfant : fuir l'ennui.

"La mother m’a mis dans un triste trou. Je ne sais comment en sortir, j'en sortirai pourtant", écrit-il à son ami Delahaye en mai 1973

L'ennemi sera toujours l'ennui. « Il faut du combustible pour y échapper. Pas un livre, pas un cabaret à portée de moi, pas un incident dans la rue », poursuit-il dans sa missive au camarade Delahaye. 

Toute sa vie, il court après les livres. Matériau de la chaudière intérieure dans l'exil africain. Ce sera d'ailleurs son tourment. Ne pas recevoir les ouvrages demandés par courrier postal. Mais le courrier met parfois six mois à parvenir à lui, par Suez et la Mer Rouge. Dans l'Ardenne, c’est l'ennui des impasses de province, dans l’Arabie, c'est l'ennui du néant oriental. 

"Nous rôtissons au fond de ce trou, comme dans un four à chaux", écrit-il d'Aden en septembre 1885. 

Encore un trou. 

Ils sont nombreux, les artistes du Nord, à avoir demandé au Soleil ce que les brumes ne leur pourvoyaient pas. Bonnard, Nicolas de Staël, Matisse, migrèrent vers les ciels lavande. Ils y trouvèrent ce qu'ils cherchaient : la lumière. 

Rimbaud, lui quitte l'ennui d'en haut pour l'ennui d’en bas, d'un trou à l'autre. Tu parles d'une vie de Château !

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