L'avantage, quand on pratique le mouvement perpétuel, est de ne pas risquer de croiser son reflet dans la glace. Ni sa conscience faisant les cent pas par une nuit d'insomnie. Aujourd'hui, c’est la bataille. Suivons Rimbaud dans sa quête d’inconnu, le meilleur moyen pour lui d’échapper à l’ennui.

L'avantage, quand on pratique le mouvement perpétuel, est de ne pas risquer de croiser son reflet dans la glace. Ni sa conscience faisant les cent pas par une nuit d'insomnie. Ici Harar où Rimbaud ira.
L'avantage, quand on pratique le mouvement perpétuel, est de ne pas risquer de croiser son reflet dans la glace. Ni sa conscience faisant les cent pas par une nuit d'insomnie. Ici Harar où Rimbaud ira. © Getty / Eric Lafforgue/Art in All of Us

« Allons, la marche, le fardeau, le désert, l'ennui et la colère » Ce vers d'Une Saison en enfer et la devise arthuriennes a gravée sur le linteau du château. Que dit-il ? La vie est mon désert, l'ennui, ma douleur, la marche, son remède, la colère, l'aiguillon… Pour Rimbaud, cela donnera une vie en fuite vers la mort parmi les mots, puis à travers le sable, sous le soleil mortifère, avec son ombre aux trousses. 

La poésie, le voyage, ce sont les serviteurs de la cause de Rimbaud, les chevaux légers de son attelage

.Trouver une clé d'accès au grand soleil de l'inconnu constituera sa déclaration de guerre à l'ennui. Mobilisation totale. 

L'aventure de la poésie et l'aventure du voyage tendent vers ce mouvement décrit par Baudelaire, que Rimbaud avait lu : « descendre au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau ». 

Que dit-il d'autre le jeune poète de 17 ans dans sa lettre de 1871 au poète Demeny en décrivant le voyant : « puisqu'il a cultivé son âme déjà riche, plus qu’aucun, il arrive à l'inconnu ». Et que dit-il d'autre dans la phrase célèbre adressée à Izambart quelques jours auparavant : « il s'agit d'arriver à l'inconnu par le dérèglement de tous les sens ». 

Dix ans plus tard, la soif d'inconnu brûle toujours chez Rimbaud, mais la ligne de mire n'est plus la même

L'Axe a changé. Ce n'est plus le langage que Rimbaud veut explorer, mais le monde. 

L'homme revient toujours vers les estampes de son enfance. Quand personne ne vous a écouté. Reste la terre. Rien que la terre. À présent, se situe hors les mots À la fin de la vie, le cycle se referme. Il a commencé par la promenade au long des fossés de l'Ardenne. Il se conclut par les marches sur les cailloux d'Arabie. 

Dans une lettre aux siens de janvier 1885, Rimbaud dit « en tout cas, ne comptez pas que mon humeur deviendrait moins vagabonde. Le monde est grand et plein de contrées magnifiques que l'existence de mille hommes ne suffirait pas à visiter. »

La vie de Rimbaud est une exploration qui ressemble à une cavale, une échappée de l'ennui vers l'inconnu par la nouveauté. « D'abord, trouver une langue », dira-t-il. Puis explorer le monde. Il fera l'un, puis fera l'autre. 

Il ne connaîtra jamais ce à quoi il aspire le repos. Le répit n'existe pas pour les météores destinés à l'explosion. 

En septembre 1882, il a mot superbe adressé à sa famille. « Je suis au même lieu, mais je compte partir. » Il y a dans cette phrase la synthèse de son désir, de son mouvement, de son échec. 

Rimbaud fut un homme sur le départ perpétuel qui ne fit jamais vraiment mouvement. 

Pourquoi certains hommes marchent-t-il à l'inconnu ? Parce qu'ils ont connu ce frisson de l'ennui, préparation à la mort, pour ne pas risquer de se faire rattraper par eux-mêmes. 

L'avantage, quand on pratique le mouvement perpétuel, est de ne pas risquer de croiser son reflet dans la glace. Ni sa conscience faisant les cent pas par une nuit d'insomnie

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