Les hypothèses du silence de Rimbaud se succèdent, variées, et nombreuses. Une furie de verbes se solde soudain par un silence de plein soleil et de très haut mépris. Rimbaud ne répond plus ! Aujourd'hui, nous allons essayer de comprendre pourquoi Rimbaud subitement n’a plus écrit une seule ligne de poésie.

Pourquoi Arthur Rimbaud s'est-il tu ?
Pourquoi Arthur Rimbaud s'est-il tu ? © Getty / Dessin de l'artiste F.L/Photo Elise HARDY/Gamma-Rapho

Arthur Rimbaud rencontre Verlaine pour la dernière fois en 1875. Il lui confie le manuscrit des Illuminations, dont il ne verra jamais la publication. Commence la vie errante, la marche dans le soleil, la piste africaine. 

Là-bas, c'est le silence. Rimbaud devient marchand au bord de la Mer Rouge. Les plus polis de ses biographes appelleront cela « l'aventure ». Rimbaud entre dans un ordre spirituel qui s'appelle le nomadisme. Il subit l'enfer du ciel et de la terre. Moins douloureux, peut-être que son enfer intérieur. 

A présent, il écrira les pages de son destin dans les lettres à ses collègues et à sa famille. Pas de poésie. Fini le voyant. 

Pourquoi Rimbaud s'est-il tu ? 

  • Peut-être parce qu'il ne fut pas entendu. Il aurait opposé son silence au silence. Ses tentatives de publier furent presque toutes vouées à l'échec. Seule Une saison en enfer sera éditée en 1873 par Verlaine. Personne n'en saura rien. À Paris, il tenta sa percée. Il intrigua les poètes, mais personne ne convertit sa fascination en soutien véritable. Pas de tribune, pas d'édition, pas de reconnaissance. Son génie faisait peur. L’irrévérence dégoûtait. Le monde n'était pas prêt.
  • Peut-être considérait-il ses poèmes comme des vers d'arrogance acnéique, des échappées de jeunesse ? L'aventurier Rimbaud tenait pour des ‘rinçures’ ce que Verlaine s'obstina à appeler « une prose de diamant ». Cette sévérité à l'égard de lui-même expliquerait peut-être ce qui ressemble à un vœu de silence. 
  • Ou alors peut-être se lasse-t-on d'une vie sacrifiée aux rêves aux visions, aux bavardages. Et puis, soudain, on désire empoigner le réel. Un texte d’Une Saison en enfer. En témoigne son titre prémonitoire : Adieu. « Je suis rendu au sol avec un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre. Le temps de l'action est venu, le temps des mots est passé » 
  • Ainsi, des poètes les plus nobles. L'abstrait ne suffit plus. Simone Veil entre à l'usine. Tolstoï cultive la terre. Saint-Exupéry pilote son avion. Céline soigne les pauvres. Charles Péguy charge son fusil. Toute âme descend un jour de l'Olympe pour savoir à quoi ressemblent les fosses. Sur les plateaux de cinéma, quand on crie « action ! », on ajoute « silence ». 
  • Ou bien alors Arthur voulu-t-il racheter ses forfaits ? C'est une explication dans l'ordre spirituel. L’Ardenne, Paris Bruxelles avaient tracé la géographie maudite. Le soleil d'Arabie purifierait les forfaitures, et le martyre physique, assurerait la rémission. 
  • Rimbaud aurait renoncé à la poésie parce qu'elle était le mal. Soeur Isabelle, la sœur très catholique d'Artur, a voulu nous faire avaler cette idée. Elle est peut être vraie.

Ainsi, les hypothèses du silence de Rimbaud se succèdent-t-elles variées, nombreuses. Une furie de verbes se solde soudain par un silence de plein soleil et de très haut mépris. Dès lors, les vers comme l'univers vivront leur expansion dans le vide. Le silence de Rimbaud résonne. Il nous fascine. Il nous rend bavards, nous le souillons. C'est que nous ne sommes pas des poètes, nous autres, chut !

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.