Contre la dilution du temps dans la négation de l'espace, Rimbaud opposera sa seule arme : la résignation. Aujourd'hui, nous découvrons un troisième Rimbaud, il y a eu le poète, l’amant vénéneux. Voilà Rimbaud, l’Africain !

"Quelle erreur de fuir pour se guérir". Maison de Rimbaud à Harar.
"Quelle erreur de fuir pour se guérir". Maison de Rimbaud à Harar. © Getty / Eric Lafforgue/Art in All of Us

« Fuir là-bas, fuir ! » prescrira Mallarmé en 1893. Rimbaud a pris Mallarmé au pied de la lettre et avant l'heure.

Où pouvait se trouver le « là-bas » de Rimbaud ? Dans les Ardennes ? Non, trop de naphtaline dans les malles de famille. A Paris ? Non, la ville est peuplée de bourgeois qui se croient des poètes. A Londres ? Non, sans Verlaine, cela aurait été de la verveine. 

Rimbaud pousse plus loin. Il part en Allemagne, en Italie, en Égypte, à Java, à Chypre… Ah, il ne s'agit pas d’aimables séjours. Les voyages finissent toujours au poste de police ou à l'hôpital. Rimbaud voyageur, c'est « Arthur l'embrouille ». Il n'atteint jamais son but parce qu'il le dépasse toujours. 

Quelle erreur de s'en aller pour se guérir !

En 1880, il gagne enfin à Aden. Là, il a signé un contrat qui déterminera les dix dernières années de sa vie. Il devient négociant de l'entreprise d'import-export « Mazeran Viannay, Bardey et compagnie. 

Il dirigera plus tard la succursale Bardey à Harar, au cœur de l'Abyssinie. Et plus tard encore, il vendra des fusils pour armer la conquête de l'empereur Menelik.

Contre la dilution du temps dans la négation de l'espace, Rimbaud opposera sa seule arme : la résignation. 

Le courrier entretenu avec sa famille et ses correspondants constituent l'autobiographie d’Arthur. Cette correspondance est un labour. Toujours à contretemps. Elle vibre du même lamento : la vie est atroce, Harar rage est un néant, l'homme, un butor, le labeur, une souffrance, l'ennui constant, une seule issue : accepter. Le voyant qui se voulait rentier et absolument moderne est dégrisé. Le bateau ivre dessaoule.

« Pour moi, je compte quitter prochainement cette ville pour aller trafiquer ou explorer à mon compte dans l'inconnu », écrit-il dans une lettre à sa famille en 1880. 

« L'inconnu », enfin, il en est au seuil. En sera-t-il heureux pour autant ? A vrai dire, le bonheur, ce n'est pas tellement une question rimbaldienne. 

Certains camarades alpinistes manifestent une acceptation de la souffrance physique qui me fait songer à Rimbaud. Certes, n'exagérons rien, ils n'écrivent pas Le dormeur du Val, mais ils grimpent des sommets et vivent au bord du vide avec une délectation pour ce qui malmène le corps et les voir venir détruits par des nuits de gel. 

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  • CHRISTINE AND THE QUEENMODULE SCENE FRANCAISE LONG
  • Gabriels
    GabrielsIn loving memory2020
  • Djeuhdjoah & Lieutenant NicholsonCaipirinha (radio edit)2020
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