Quel compte a-t-il à régler et contre qui, ce garçon de 19 ans qui ouvre ainsi le texte d'"Une saison en enfer" ? Aujourd’hui, vous aller trouver que Sylvain Tesson plaint un peu le petit Arthur. Sa vie ressemble à un gâchis comme s'il n’avait pas su contenir tant de beauté sans exploser !

"J'ai appelé les fléaux pour m'étouffer avec le sable et le sang". Ici, Leonardo Di Caprio dans le film "Total eclipse" d'Agnieszka Holland consacré au poète Arthur Rimbaud
"J'ai appelé les fléaux pour m'étouffer avec le sable et le sang". Ici, Leonardo Di Caprio dans le film "Total eclipse" d'Agnieszka Holland consacré au poète Arthur Rimbaud © Getty / Etienne George/Sygma

Sa vie ressemble à un gâchis comme s'il n’avait pas su contenir tant de beauté sans exploser !

Un soir, j'ai assis la beauté sur mes genoux et je l'ai trouvée amère et je l'ai injuriée.

Qui parle quand je dis « je » ? Demande les philosophes. D'où vient cette voix ? Et d'où vient cette colère ? D'où provient  ce foyer de mots qui explosera plus tard dans les vers du Bateau ivre ?

Arthur Rimbaud ne transformera jamais son génie, comme on dit, de la transformation d'un essai au rugby, en propos universels et recevables. 

En clair, il faut savoir aménager ce que l'on a à dire pour qu’une époque l'accepte

Or, Rimbaud ne fit rien pour entrer dans l'histoire. 

Il ne s’essuie même pas ses pieds sur le paillasson de son temps.

Il se tient mal. Il épouvante la femme de Verlaine. Il dynamite le ménage, en raflant le mari. Ses amours scandalisent la ville. Le jeune prodige se conduit en goujat chez les camarades qui l’hébergent.

« C'est un névrosé, un hystérique », dira de lui Le Pelletier en 1897. Il fauche, il crache, il insulte. Il couche tout habillé dans un lit que lui prête le poète Banville. 

Bref, quitte à réinventer la langue, autant casser aussi la vaisselle.

Un dîner du Cercle utiste, il va trop loin, il insulte le poète Carjat et le menace avec une lame. 

En juillet de la même année, il fugue avec Verlaine de gare en gare. Comme les hobos, ces clodos des USA, sales, ivres, puant poètes hagards, ils voyagent vertigineusement, comme le dit Verlaine. 

A la gare d'Arras, ils se sont arrêtés par la police parce que Rimbaud se vante à la cantonade de crimes jamais commis. 

Bref, le soleil est noir et œuvre à son saccage

Voit-on le Christ s’appliquer ses propres coups de fouet ?

Rimbaud c'est le génie qui se crache dessus.

Il n'aura pas su faire de son génie une marque de fabrique. Ni canaliser le rayon de sa grâce pour transmuter en or les ombres rencontrées.

La vie, décidément, est une délicate alchimie et il faut, pour la traverser, savoir que faire de soi-même

Aux antipodes de l'autodestruction, Victor Hugo saura tout sublimer. Hugo offrira son pouvoir à chaque objet croisé sur sa route. Il chantera les bigorneaux, les empereurs, les orties, le progrès, un enfant qui passe, le Christ, les peuples, les araignées avec la même puissance. 

Ce n'est pas la faute du soleil, s’il éclaire tout ce qu'il touche. Rimbaud détruira tout, et lui-même en premier. Il ne saura orienter le faisceau de son astre. Quand un astre ne rayonne pas, c'est qu'il explose. Boum, dans l'enfer ! 

Au début d'Une Saison en enfer, le petit Arthur avoue : 

J'ai appelé les fléaux pour m'étouffer avec le sable et le sang. 

Evidemment, cela ne vous prédispose pas à recevoir le prix Nobel, qui n'existait pas d'ailleurs. 

Le voyant n'a pas su étouffer le voyou.

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