C’est en marchant que l’on rêve le mieux. Sylvain Tesson en est convaincu et il voudrait prouver aujourd'hui que la marche fut la première technique de création de Rimbaud.

Sans la marche, il n'y aurait pas eu "Les Illuminations". Image d'Arthur Rimbaud dans le Musée qui lui est dédié à Charleville-Mézières
Sans la marche, il n'y aurait pas eu "Les Illuminations". Image d'Arthur Rimbaud dans le Musée qui lui est dédié à Charleville-Mézières © Getty / GERAULT Gregory / hemis.fr

Longtemps, Arthur Rimbaud a marché de bonne heure. Rimbaud, qui faisait alors sa seconde en qualité d'externe au lycée de Charleville, se livrait aux écoles buissonnières les plus énormes. Verlaine décrit ainsi ce Rimbaud des chemins creux dans "Les poètes maudits".

Rimbaud a marché comme il a vécu : en épuisant la bête. Il prenait la clé des champs dès que l'école ou sa mère, la « mother au cœur endurci », lui lâchait la bride. 

L’ennui fut le seul vrai ennemi de sa vie

Double rythmique, métrique des vers, foulée du pas.... Pourquoi la marche à pied fait-elle toujours aussi bon ménage avec la poésie ? Elle fait d'abord infirment bon ménage avec l'enfance. L'enfant croit que la vie sera une aventure. La marche réalise la promesse à peu de frais. L'enfant se promène par la première allée venue. Il sera toujours temps de déchanter. 

Oh la vie d'aventures qui existe dans les livres d'enfants.

La vie rêvée d'Arthur, c'est la vie de Jim, le héros Stevensonien de L'Île au Trésor. Garçon d'auberge embarqué dans l'équipage de Long John Silver, Arthur est un enfant baudelairien, amoureux de cartes et d'estampes, attendant du monde les surprises d'un cabinet de curiosités. 

Je rêvais de croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations. 

La marche à pied dans la forêt est une cérémonie de purification

Le vent chasse les ombres. Elle chasse les sales pensées d'un enfant livré aux répugnances, comme le disait Arthur en faisant son portrait. 

Ah cette vie de mon enfance, la grand route par tous les temps.

"Je ne penserai rien", dit le marcheur. La marche est le grand lavement de l'homme. Rimbaud comme Nietzsche le savent. « Mais que salue bas le vent » ? , dit Arthur. Pour penser clairement hors du nihilisme geignard et des chimères, il ne faut pas rester assis. Zaratousthra comme Rimbaud vont à pied. Arthur s'avance à travers la campagne et il fait moisson de paysages. Ce sera du matériau pour les visions. Sans la route, il n'y aurait pas eu d'Illuminations. 

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