La technique de la marche est vieille comme la plus vieille semelle de cuir préhistorique, mais il fallut attendre "Les Illuminations" pour qu'un poète de la route exauce la recherche initiatique jusqu'à donner du mouvement initiatique, jusqu'à donner du mouvement, cette définition : trouver le lieu et la formule.

La marche du jeune Rimbaud vagabond romantique devient avec Verlaine la bordée, la marche furieuse, les courses de déglingue
La marche du jeune Rimbaud vagabond romantique devient avec Verlaine la bordée, la marche furieuse, les courses de déglingue © Getty / Design Pics/Kelly Redinger

La marche c’est l’évasion et Sylvain Tesson vous propose de suivre les pas de Rimbaud enfant, sur les chemins des Ardennes qui conduisent hors de l’Ardenne.

Sans même se douter de son existence et se fichant pas mal des généalogies culturelles, Arthur Rimbaud appartient à la lignée des Fols-en-Christ, des moines gyrovagues, des marcheurs à l'étoile, des spirites de grands chemins et autres clochards semi-imposteurs et semi-célestes qui demandent à la poussière la libération spirituelle. 

Cette cohorte en marche cherche une révélation dans l'épuisement du corps

La technique est vieille comme la plus vieille semelle du cuir préhistorique, mais il fallut attendre Les Illuminations pour qu'un poète de la route exauce la recherche initiatique jusqu'à donner du mouvement, cette définition : trouver le lieu et la formule. 

Donc, l'enfant Rimbaud part à travers l'Ardenne. La marche est sa première conquête, toute vie se déroule ainsi. D'abord un drap noué ou soupirail de la cellule. Puis en route ! L'enfant s'en va. Il devient un homme. Il marche. C'est son identité. 

« Je suis un piéton. Rien de plus », écrit Arthur Rimbaud au poète Demeny qui n'y comprenait rien en 1871. 

  • Première fugue, le 29 août 1870, il gagne Charleroi, puis Paris, à pied, en train. Il finit en prison. Le délit de vagabondage est son plus beau prix littéraire. 
  • En septembre, il reprend la route et bat la semelle jusqu'à Bruxelles. Le plat pays comme piste d'envol. 
  • En février 1871, il repart à Paris en train, mais s’en revient à Charleville à pied. 
  • A la fin de septembre, Paris à nouveau à l'invitation de Verlaine. Cette fois, le gamin de 17 ans a été invité par le faune de 27 ans. 

On connaît tous la lettre de Verlaine :

Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend. 

Pareil appel suffit à vous mettre en route. Désormais, il aura un compagnon de virée, mais les divagations ne ressembleront plus à des ballades romantiques allemandes dans la lumière du soir. 

Rimbaud ne sera plus le Wanderer (vagabond) enchanté allant dans l'air du soir, l'âme gonflée de tendresse, le corps de sensation et l'esprit de jolis vers d'amour. 

Fini le Rimbaud, époque Hölderlin

Avec Verlaine, c'est la bordée, la marche furieuse, les courses de déglingue. Le  petit vagabond des tableaux flamands devient de pochetron des villes de briques et de charbon.

Je crée, par-delà la campagne traversée par des bandes de musiques rares, des fantômes du futur, luxes nocturnes, et nous errions nourri du vin des tavernes et du biscuit de la route. Moi, pressé de trouver le lieu et la formule. 

Errances crapoteuses, rues de Paris, gare et tavernes, fossés et galetas, voici un itinéraire proche des dérives des hobos, ces vagabonds de grands chemins qui fuyaient la misère sur le rail américain. 

L'alcool, la poésie, le foutre, les visions seront le carburant dans le moteur du vagabondage. Les deux spectres se lancent à la recherche d'une réponse. Elle recule à mesure qu'ils avancent.

Le petit Arthur a commencé sa carrière de marcheur sur les flancs des champs tièdes, marche en pureté. Puis il tituba aux basques d'un port, dans un labyrinthe d'impasses et de chambrées, marche en salissure. Plus tard, il se concentra sur les cailloux d'Afrique pour expier la faute d'avoir été lui-même, marche en rédemption. 

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