Ce matin Sylvain Tesson vous emmène sur la piste à l’échafaud de Rimbaud. Il s’est condamné lui-même, par les pistes et par les mots.

La Maison de Rimbaud à Harare devenue musée
La Maison de Rimbaud à Harare devenue musée © Getty / Yannick Tylle

Blaise Pascal nous avait prévenus : "J'ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre." Le mouvement sans répit, la fuite comme salut, les semelles de vent transformées en semelles de braise.

Les psychiatres ont un nom pour cette pathologie : la dromomanie. C'est cela la malédiction du pauvre Arthur Rimbaud, bien plus que l'indignation de la bonne société ou de sa mère. Ne jamais pouvoir trouver le repos. 

Rimbaud croit que l'homme qui s'arrête risque la pire des choses : le face-à-face avec lui-même

Marcher, c'est se tourner le dos. La marche africaine sera son expiation et sa fuite, car la route a parfois cet usage. : racheter les forfaits commis. On s'épuise, on s’esquinte, on se malmène. Quelle ironie ! On abreuve son inspiration d'appareillages, et à la fin, on paie en kilomètres ce qu'on doit racheter. 

Les lettres du Yémen, avoueront ces marches punitives, cavales d'effroi, de cailloux et de sang. Un jour, il y aura la dernière de ses Fantasias de l'épuisement, racontée dans une lettre à sa mère. 

Je fis fabriquer une civière recouverte d'une toile et c'est là-dessus que je viens de faire, en douze jours, les 300 kilomètres de désert qui séparent les monts du Harare et du port de Zeilah. Inutile de vous dire quelles horribles souffrances j'ai subies en route. 

Le corps a lâché et cette retraite de Russie d'avril 1891 annonce la mort prochaine. La vie de Rimbaud et ce mouvement conduisant d'une marche libératrice. La flânerie des Ardennes à une marche de torture. Le marathon d'Afrique. 

Pendant dix ans, Rimbaud marche jusqu'à l'os. Et il périra le 10 novembre 1891 d'un cancer des eaux, cancer du mouvement et cancer de la fuite. 

Il n'a donc pas péri de son propre génie. 

(La suite à écouter...)

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