L'objectif est simple : raser la plaine, semer la désolation et tout reconstruire. Aujourd’hui, Sylvain Tesson a une bonne nouvelle pour vous : Rimbaud avait un plan pour la langue française. Et il a réussi sa mission !

Têtes d'Arthur Rimbaud crées par Ottmar Horl et exposées à Charleville-Mézières en 2004 pour les 150 ans de sa naissance
Têtes d'Arthur Rimbaud crées par Ottmar Horl et exposées à Charleville-Mézières en 2004 pour les 150 ans de sa naissance © Getty / Franck CRUSIAUX/Gamma-Rapho

Rimbaud est un barbare antique. Son but ? Détruire l'ordre classique et sur les ruines du temple, bâtir le nouveau. « Je tiens le système », écrit-il. Il n'en doute pas, l'ancienne comédie, qui couine de sa voix de fausset va succomber à sa charge. 

« Arrière, ses superstitions, ses anciens corps, ces ménages et ses âges. C'est cette époque qui a sombré », s'illumine-t-il. On dirait Nietszche pulvérisant de son marteau les structures du Vieux Monde.

Rimbaud, comme Zarathoustra, un autre Faust, va ouvrir les abîmes du chaos des anciens et y précipiter ses mots

Toujours reviennent, chez le petit voyant des références à la barbarie primitive, qui attend de féconder le monde de ses nouvelles semences.

L'objectif est simple : raser la plaine, semer la désolation et tout reconstruire. 

Dans l'armée française, les sapeurs ont une devise : « parfois détruire, souvent reconstruire, toujours servir. »

Le corps auquel ils appartiennent s'appelle le génie. 

Inventons la devise du sapeur Rimbaud : « toujours détruire, tout réinventer, se tirer. » 

Ce n'est pas sa faute au môme Arthur si le vieil usage conventionnel du langage ne suffit plus pour dire le monde

Si le poète réussit, la conséquence sera infiniment plus importante que l'invention de la machine à vapeur, la fission de l'atome ou la révolution digitale. Car l'homme, c'est le verbe. Changer la langue, c'est repenser l'homme. 

En réalité, Rimbaud ne critique pas le progrès, tarte à la crème de tous les siècles, mieux, il entend le dépasser. 

Et deux ans après avoir écrit La Lettre du voyant, il s'estime satisfait. Il a réussi. 

Dans Une saison en enfer, en 1873, il tire le bilan de son projet de création d'un nouveau monde. 

« J'inventais la couleur des voyelles. Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable, je fixais des vertiges. » 

Rabots a torturé le langage parce qu'il le vénérait. Il voulait réinventer l'amour. Il a réinventé le verbe. Bref, il a été Faust. Il en est persuadé. Il ne doute pas de s'être substitué à Dieu. 

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