Vous bandez l'arc de Rimbaud, vous rapprochez les deux extrémités, les deux opposés, vous décochez la flèche et le vers de Poésie fuse. La Poésie de Rimbaud, c’est la tension entre le saccage et la pureté. Et aujourd’hui, Arthur casse tout !

Vous bandez l'arc et la poésie fuse
Vous bandez l'arc et la poésie fuse © Getty / Crédits : Edward Langley

Le projet de Rimbaud procède d'abord de la destruction. 

Ordre du jour : abattre la langue, puis la réinventer, se souiller au passage, pour renaître un jour. Quelle mystérieuse expiation ! Son aventure artistique ressemble à un destin antique sur un parvis de marbre. Elle trace un écartèlement, le saccage et la pureté, que la tension extrême finit par harmoniser. 

De la très violente oscillation jaillit l'œuvre

Le 53e Fragment d'Héraclite est le lieu de la formule de Rimbaud. Le philosophe grec dit : 

Le différent se convient. Harmonie de tensions inverses, comme celle de l'arc et de la lyre.

Arthur-Poète chante sur la lyre et la transforme en arc pour blesser ce qu'il chante. Dans ses poèmes, toujours ce balancement entre la pulsion destructrice et le désir de régénération. 

Au début d'Une Saison en Enfer gît la beauté aux pieds de l'enfant tombé sous le crachat. 

Mais plus loin, le poète s'amende : 

«  Ô Saisons, ô châteaux 

Quelle âme est sans défaut.

Cela s'est passé.

Je sais aujourd'hui saluer la Beauté » 

Abattre, relever, souiller, purifier, flétrir, s'amender, nuit et jour... comme dirait Héraclite.

Voilà la tension de l'arc et de la lyre. Vous bandez l'arc de Rimbaud, vous rapprochez les deux extrémités, les deux opposés, vous décochez la flèche et le vers de poésie fuse. 

(La suite à écouter…)

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