Le dérèglement de tous les sens a fait son temps. Dans le poème Adieu, il tire la conclusion de ses séjours dans les souterrains. Hier, Arthur voulait tout détruire. Aujourd’hui il s’occupe de tout relever. La poésie c’est quand on répare les idoles abattues !

Maison d'Arthur Rimbaud à Harar
Maison d'Arthur Rimbaud à Harar © Getty / Eric Lafforgue/Art in All of Us

Dans toute entreprise de destruction, les coups atteignent celui qui les donne. C'est une vieille loi du tao chinois. Je brise l'idole de mon regard. Je reçois un éclat dans l'œil. 

Rimbaud fit coïncider le saccage de la langue avec sa propre chute

Arthur a l'élégance de ne pas trop s'aimer. Entre la fin de septembre 1871, où il rencontre Verlaine à Paris, et le mois de juillet 1873, où Verlaine tire un coup de pistolet sur Rimbaud, c'est une longue spirale de scandales et de folies. 

« Le louche éphèbe », ainsi que l'appelle Félix Fénéon, erre dans les gares du nord de l'Europe, fuit, se dérobe, revient, disparaît. Il part avec Verlaine, couche où on l'accueille et dit qu'il aime un porc. Il dit qu’il cherche l'abjection, il la trouve.

Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit 

Arthur n'aurait pas été du genre, à écouter son gouvernement, lui dire : « Prenez soin de vous ». À la fin de la saison, il met un point final très explicite à ses embardées. 

Pourtant, aujourd'hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer 

Le dérèglement de tous les sens a fait son temps. Dans le poème Adieu, il tire la conclusion de ses séjours dans les souterrains. 

Adieu l'obscurité. Tous les souvenirs immondes s'effacent. Nous entrerons aux splendides villes. 

Quel final ! « Les splendides villes », c'est la promesse de l'aube. C'est le nouvel Arthur. Il monte sur la corde tendue de clochers en clochers par ses soins. Il va danser comme le funambule de Nietzsche. Oui à la vie. Sus aux amis de la mort. Ces nihilistes, ces faux curés, ces vrais assis, ces buveurs d’absinthe, ces rêveurs démoniaques, ça suffit les abstractions !

La poésie aura été une eau de jouvence dont Rimbaud sort la purifié du saccage et guéri des chimères

Qu'est-ce qui succédera à l'enfer ? Le paradis domestique ? Non, Rimbaud n'est pas fait pour la vie rangée avec des enfants. 

Quoi, alors ? Le mariage. Non plus tard, loin de chez nous, il y pensera un peu en Afrique. 

Les ordres ? Non. Il s'en est trop pris à Dieu. 

L'Armée ? Il multipliera les recrutements dans des troupes européennes dont ils déserteront aussitôt.

Alors quoi ? Le retour au bercail ? Pour l'enfant prodigue, encore faut-il avoir des parents disposés. 

L’écriture de récits de voyage ? Mais non, il faut d'abord voyager pour cela, sinon, on risque de devenir un romancier. 

Le voyage, alors oui, la voilà l’illumination. 

Il y a dans le mouvement, une promesse jamais trahie. Il va pouvoir voguer. 

L'exploratrice Alexandra David-Neel disait : 

Une fois en mouvement. Tout s'arrange.

Et Rimbaud d'écrire à sa famille en mai 1880 : « Je vais  acheter un cheval et m’en aller. » 

Cela ne sera plus l'inconnue des mots et des visions. La vérité va s'écrire à présent non plus sur le papier, mais dans le sable.

Il aura fallu trois années de carnaval pour savoir que l'allégeance au réel et la prise noble conquête de l'homme. 

L'aventure, c'est la vie poétique quand la poésie n'a pas marché. Leçon de Rimbaud pour les marchands de promesses et les gobeurs de concepts : achetez-vous un cheval et allez-vous en ! 

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