Nous sommes en décembre 1852. Le coup d’Etat bonapartiste a mis fin au rêve républicain. Victor Hugo, recherché par l’armée du nouvel Empire, est parvenu à quitter la France pour la Belgique. Son exil commence.

C’est à Bruxelles, hébergé par des amis de Juliette Drouet, que l’écrivain dissident, l’Académicien « proscrit », va entamer la rédaction d’un véritable brûlot. Son titre : Napoléon Le Petit, un pamphlet en forme de cri d’indignation pour désigner le neveu du « premier » Napoléon ; ce « traître » celui en qui Hugo avait pourtant placé sa confiance pour les élections présidentielles de 1848.

Louis Napoléon a proclamé la restauration de la dignité impériale.

A l’époque, il fallait à tout prix éviter que son concourant le général Eugène Cavaignac soit élu. Tout avait fonctionné. Louis Napoléon Bonaparte avais été choisi, il avait prêté serment et juré de rester fidèle à la république démocratique. Plus tard, Hugo va même dîner avec lui en tête-à-tête à l’Elysée. Les deux hommes s’estimaient dans un silence cordial, mais le président ambitieux réfléchissait déjà à se représenter au terme de son premier mandat. Il demande donc la révision de la constitution qui l’en empêche. C’est à ce moment que Hugo, siégeant à l’assemblée, entrevoit la catastrophe et lance à la tribune des députés :

Quoi ? Après Auguste, Augustule ! Quoi après que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit ?

La formule est trouvée, il faut maintenant lui donner corps à travers un livre aussi violent que drôle. L’audace est le maître-mot de cet ouvrage dans lequel l’empereur aurait été dépeint sous les traits d’un pirate. Tantôt il est vulgaire, puéril, théâtral et vain, tantôt son action politique est inexistante. 

Ce dictateur s’agite ! Rendons-lui justice !

Il ne reste pas un moment tranquille ;
Il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ;
Ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il se remue.
Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ;
Ne pouvant créer, il décrète ;
Il cherche à donner le change sur sa nullité ;
C’est le mouvement perpétuel ;
Mais, hélas ! cette roue tourne à vide.

La parution du pamphlet en Belgique oblige Hugo à partir et à trouver une nouvelle demeure. Ce sera l’Angleterre puis Jersey. Mais peu importe qu’il soit chassé, il a la ferme conviction de faire ce qu’il doit faire et se réjouit que son ouvrage arrive clandestinement en France. Sa virulence ne s’arrête pas à la prose, l’urgence politique oblige Hugo à entreprendre un autre chantier littéraire. 

C’est en 1853 qui publie Les Châtiments, un recueil poétique dont le titre menaçant et simple s’est imposé naturellement à son auteur. Au fil des 98 poèmes du livre, il continue son travail de sape en tournant en ridicule le "nain immonde". Page après page, le poète en appelle au peuple qu’il veut guider de l’ombre à la lumière. 

"Ils ont frappé l’ami des lois ; ils ont flétri
La femme qui portait du pain à son mari,
Le fils qui défendait son père ;
Le droit ? on l’a banni ; l’honneur ? on l’exila.
Cette justice-là sort de ces juges-là,
Comme des tombeaux la vipère."

Rien n’est jamais perdu pour Victor Hugo. Voilà l’idée fondamentale de son œuvre. Les choses peuvent changer, le progrès peut advenir. L’histoire avec un grand H n’est jamais terminée. La difficulté est de ne pas avoir peur, et d’accepter la défaite et de continuer d’avancer.

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