Mode en 1875
Mode en 1875 © GraphicaArtis/Corbis

La femme, dans l’œuvre de Victor Hugo, n’a rien du second rôle. Mère ou fille, puissante, fragile (les deux à la fois) : elle renferme un « mystère »[1] insondable et « rend la terre acceptable à l’homme »[2]… Rien que ça…

Hugo la met dans la lumière, notamment au théâtre. Marion Delorme, Marie Tudor, Lucrèce Borgia … L’Histoire donne au dramaturge des perspectives d’aventures, et lui permet de créer des héroïnes complexes, inquiétantes, tout sauf ordinaires… Le choix, justement, de s’intéresser à la célèbre fille du clan Borgia, personnage sulfureux par excellence, est un parti pris éminemment littéraire. Ce qui l’intéresse dans le portrait de cette aristocrate italienne réputée pour sa cruauté, c’est de montrer ce qu’elle dissimule :

Prenez la difformité morale la plus hideuse, la plus repoussante, la plus complète ; placez-la où elle ressort le mieux, dans le cœur d’une femme, avec toutes les conditions de beauté physique et de la grandeur royale, qui donnent de la saillie au crime, et maintenant mêlez à toute cette difformité morale un sentiment pur, le plus pur que la femme puisse éprouver, le sentiment maternel ; dans votre monstre mettez une mère, et le monstre intéressera et le monstre fera pleurer, et cette créature qui faisait peur fera pitié, et cette âme difforme deviendra presque belle à vos yeux. (…) la maternité purifiant la difformité morale, voilà Lucrèce Borgia .

Le drame est double ici : c’est celui d’une femme incestueuse faisant face à son fils caché ; et c’est également celui du fils, Gennaro, qui aime follement sa mère sans la connaître, et maudissant dans le même temps Lucrèce, dont il sait les crimes… Résultat : l’héroïne monstrueuse se fait tuer par sa progéniture tant aimée… Mais, au moins, elle meurt en mère…

Tout comme Fantine, dans un autre registre… Sa route est aussi celle d’une déchéance. C’est une « misérable » sans ressources, contrainte de confier sa fille Cosette aux terribles Thénardier… Victime de la violence des hommes, prostituée, elle est recueillie par Jean Valjean (devenu M. Madeleine). Il la soigne et lui promet de lui ramener son enfant. Mais elle décède d’épuisement avant de l’avoir revue…

[1] (« L’amour », XVI, Toute la lyre)

[2]Choses vues , 21 décembre 1882).

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