Espagne, 1812, à Burgos. Victor Hugo a dix ans. Accompagné de son frère Eugène et de sa mère, il assiste à un sombre spectacle.

Représentation de la guillotine
Représentation de la guillotine © Getty

Il voit pour la première fois un échafaud, la foule rugissante qui l’entoure, et un homme attaché, « l’air hébété de terreur »[1], à qui l’on tend un crucifix. Hugo ne se remettra jamais de cette scène, ni de celles qui suivront (elles seront nombreuses). La bête immonde de la guillotine est partout présente dans son œuvre…

L’échafaud est une vision. L’échafaud n’est pas une charpente, l’échafaud n’est pas une machine, l’échafaud n’est pas une mécanique inerte faite de bois, de fer et de cordes. Il semble que ce soit une sorte d’être qui a je ne sais quelle sombre initiative (…) il dévore ; il mange de la chair, il boit du sang. (C’) est une sorte de monstre fabriqué par le juge et par le charpentier, un spectre qui semble vivre d’une espèce de vie épouvantable faite de toute la mort qu’il a donnée [2]

Dès lors, Victor Hugo s’assigne une mission : il faut sauver les hommes de cette barbarie, et combattre ce qu’il appelle « les mauvaises actions de la loi »… Le voilà lancé, à 27 ans, dans le plus difficile combat de sa vie – un combat qu’il entend bien gagner par la voix et la plume…

Avec Le Dernier jour d’un condamné , il frappe fort. Il livre le récit bouleversant d’un homme qui va mourir et qui livre ses dernières pensées. La grande audace est dans la forme : l’ouvrage est tout entier écrit à la première personne, de sorte que le lecteur s’identifie au prisonnier. Aucun indice sur son identité, ni même sur le crime qu’il a commis… Ce condamné à mort est seul, dans sa cellule, et nous sommes enfermés avec lui, dans sa tête… Le roman est publié sans nom d’auteur en 1829. Trois ans plus tard, Hugo rédige une préface retentissante qui marque le début de la lutte politique :

« La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d'elle, la vengeance au-dessous. (…) Elle ne doit pas "punir pour se venger" ; elle doit corriger pour améliorer. »

[1]Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie , chap. XXI, OC, éd. Jean Massin

[2]Les Misérables , « Fantine », p53 Folio

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