Réunion de docteurs à l'université de Paris durant le Moyen Âge
Réunion de docteurs à l'université de Paris durant le Moyen Âge © domaine public / BNF
**Chateaubriand s’était félicité (avec toute la modestie qu’on lui connaît) d’avoir dit l’importance du Moyen Âge : « _C’est moi qui ai rappelé le jeune siècle à l’admiration des vieux Temples_ »[[1]](#_ftn1) peut-on lire dans les _Mémoires d’Outre-Tombe_ … Et cela n’a pas échappé à Victor Hugo qui, très tôt, s’est passionné pour cette période oubliée de l’Histoire…** Le XVIIe siècle l’avait boudée : trop désuète, trop barbare, on lui préférait de loin les fastes de l’Antiquité qui nourrissaient alors le classicisme… Il faut attendre les prémisses du Romantisme pour voir s’épanouir de nouveau l’attrait des artistes et des penseurs pour le Moyen Âge… Victor Hugo le découvre grâce à Charles Nodier… Il lit déjà **[_Le Roman de la Rose_ ](https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Roman_de_la_Rose_%28Guillaume_de_Lorris_et_Jean_de_Meung%29)** , _Ivanoé_ de Walter Scott…__ Et on trouve au cœur de ses _Odes_ et _Ballades_ des poèmes à la gloire des chevaliers et des dames en détresse… Plus tard, dans la préface des _Orientales_ , le Moyen Âge est désigné comme « _cette autre mer de la poésie_ »… Et la référence file dans une grande partie de son œuvre : des textes composant _Le Rhin_ (où il s’amuse à décrire le fauteuil de Charlemagne), jusqu’à _La Légende des siècles_ , en passant par _Les_ _Burgraves_ , évidemment, (sa dernière pièce de théâtre, connue pour avoir été un échec). Mais avec le temps, cette fascination passe… A partir de 1860, le thème disparaît lentement de son écriture, le poète va même jusqu’à fustiger ce qu’il aimait jadis lorsqu’il parle, dans la _Fin de Satan_ , du «_Dieu gothique, irritable, intolérant, (et) tueur ; / Noir vitrail effrayant qu’empourpre la lueur / Du bûcher qui flamboie et pétille derrière_ »… Reste malgré tout son amour, intact, pour les cathédrales, dont il exalte les beautés dans ses livres… Peut-être davantage que le Moyen Âge en lui-même, c’est bien la magnificence de son architecture qui le fascine... Dans son célèbre roman _Notre-Dame de Paris_ , le monument devient un véritable personnage, un « _énorme sphinx à deux têtes assis au milieu de la ville_ »… Son ami Auguste Vacquerie ira plus loin : il aimait dire que la cathédrale dessinait le H de son nom… Il ne se lasse pas de cette « (…)_œuvre colossale d'un homme et d'un peuple (…) produit prodigieux de la cotisation de toutes les forces d'une époque, où sur chaque pierre on voit saillir en cent façons la fantaisie de l'ouvrier disciplinée par le génie de l'artiste ; sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité_ .»[[2]](#_ftn2) La cathédrale… Apogée de la construction humaine, pour Hugo… Symbole d’un absolu en art qui fascine par « _sa naïve irrégularité_ »[[3]](#_ftn3). Et s’il connaît par cœur l’édifice parisien, ceux de Chartres et de Strasbourg demeurent aussi parmi ses favoris… Mais il y a autre chose : derrière l’incroyable monument se cache l’idéal de perfection littéraire, la projection mentale de l’idée que le romancier se fait de l’écriture… Et Proust, dans _Le Temps retrouvé_ , ne s’y trompera pas lorsqu’il reprendra cette fameuse image pour expliquer la structure de son grand roman, _À la recherche du temps perdu_ … [[1]](#_ftnref1) Génie du christianisme [[2]](#_ftnref2)_Notre Dame de Paris_ , Livre III, chapitre I [[3]](#_ftnref3) Préface _Odes et Ballades_ , 1826).
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