La première de la Bataille d'Hernani
La première de la Bataille d'Hernani © Maison Victor-Hugo, Paris. Huile sur toile. Commande de Paul Meurice pour l'inauguration du musée / Paul Abert Besnard
**Il fut un temps où le théâtre échauffait les passions, divisait l’opinion, et provoquait le débat politique… Un temps où l’on s’empoignait dans la salle pour une réplique trop audacieuse, ou un alexandrin imparfait… Cette époque, Victor Hugo l’a vécue, et l’a même façonnée puisqu’il fut l’artisan du renouveau théâtral français, à la fin des années 1820.** Hugo a la passion de la scène. Le jeune poète sait que c’est en devenant dramaturge qu’il gagnera la véritable reconnaissance. Déjà, il a l’habitude de réunir ses amis chez lui, rue Notre-Dame-des-Champs, pour leur lire les ébauches de ses pièces. Entouré de Delacroix, Mérimée, Musset, Sainte-Beuve, Vigny ou encore Lamartine, il se pose en chef de file des**Romantiques** et ne cache plus son ambition : réinventer le théâtre, mettre « _le marteau dans les théories, les poétiques et les systèmes_ », montrer la vraie « _façade de l’art_ ». En 1827, il publie la préface de _Cromwell_ qui est un véritable manifeste littéraire. Dans ce texte, Hugo déboulonne les règles classiques, prône la fin des unités d’action et de lieu, et préconise le mariage du grotesque et du sublime… La « bataille » peut commencer… Après l’interdiction de sa pièce _Marion Delorme_ (l’histoire d’une courtisane sous le règne de Louis XIII), Hugo veut prendre sa revanche et écrit _Hernani_ , un drame où trois hommes se disputent l’amour de la belle Dona Sol : le jeune Hernani, donc, héros romantique par excellence ; Don Carlos, le roi d’Espagne ; et le vieux Don Ruy Gomez de Silva, oncle de la jeune fille, immensément riche. Le soir la première approche. Elle aura lieu au Théâtre français (actuelle Comédie Française), temple de la dramaturgie classique… Hugo sait qu’il va se frotter à un public conservateur, et mobilise donc ses troupes. Ses amis, Théophile Gautier et Gérard de Nerval, sont chargés de recruter des alliés qui porteront « le gilet rouge », couleur de la rébellion romantique. Le 25 février 1830, à 14h, on ouvre les portes du théâtre. La foule se presse dans la salle encore sombre. Il faut attendre huit heures avant le lever de rideau… Les discussions s’engagent, certains ont apporté de quoi manger, les deux clans se jaugent du regard. Gautier se souvient : « _Nous les regardâmes avec un sang-froid parfait, toutes ces larves du passé et de la routine, tous ces ennemis de l’art, de l’idéal, de la liberté et de la poésie, qui cherchaient de leurs débiles mains tremblotantes à tenir fermée la porte de l’avenir_ ». Et puis, les trois coups retentissent… Sur la scène, une vieille femme ouvre la porte à celui que sa maîtresse attend…
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