victor hugo
victor hugo © Wikimedia commons

Moi qu’un petit enfant rend tout à fait stupide,

J’en ai deux ; George et Jeanne ; et je prends l’un pour guide,

Et l’autre pour lumière, et j’accours à leur voix,

Vu que George a deux ans et que Jeanne a dix mois.

Leurs essais d’exister sont divinement gauches ;

On croit, dans leur parole où tremblent des ébauches,

Voir un reste de ciel qui se dissipe et fuit ;

Et moi qui suis le soir, et moi qui suis la nuit,

Moi dont le destin pâle et froid se décolore,

J’ai l’attendrissement de dire : ils sont l’aurore.

Leur dialogue obscur m’ouvre des horizons ;

Ils s’entendent entr’eux, se donnent leurs raisons.

Jugez comme cela disperse mes pensées.

En moi, désirs, projets, les choses insensées,

Les choses sages, tout, à leur tendre lueur,

Tombe, et je ne suis plus qu’un bonhomme rêveur.[1]

Ce poème fait partie des derniers que Victor Hugo aurait écrits. A 75 ans passés, l’écrivain est nouveau député de Paris (passé définitivement à gauche), mais aussi un grand-père heureux… C’est à Guernesey – résidence devenue secondaire depuis son retour en France - qu’il a eu l’envie d’évoquer l’amour qu’il porte à ses petits-enfants. Au départ, il ne devait s’agir que d’un long poème… Puis le manuscrit est devenu un recueil à la tonalité résolument optimiste, malgré les blessures passées (Hugo, à cette époque, a déjà perdu trois de ses enfants)…

« N’importe. Allons au but, continuons. Les choses / Quand l’homme tient la clef, ne sont pas longtemps closes »[2], écrit-il aussi dans ce livre, en tête d’un poème justement intitulé « Persévérance »… La joie désormais réside dans « L’Art d’être grand-père » : il n’a pas abandonné ses sujets de prédilection (la politique, le progrès, le peuple), mais s’autorise aussi des parenthèses plus intimistes. On peut s’étonner de le voir se promener avec ses « marmots »[3] au Jardin des Plantes, les regarder dormir paisiblement, ou jouer avec eux dès qu’il en a l’occasion…

Enfants
Enfants © corbis

[1] « George et Jeanne », ADEG , p35-36 éd. GF

[2] « Persévérance », ADEG , p156

[3] poème XV, 7

[4] p373-374 VH raconté par ceux qui l’ont vu

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