Pieuve par Victor Hugo
Pieuve par Victor Hugo © Wikimedia commons
**Victor Hugo a toujours pensé la création par les mots et les images. L’écriture et le dessin sont chez lui inséparables, parce que complémentaires. Il suffit de regarder ses cahiers quand il était pensionnaire à Paris, dans l’établissement Cordier. Dans les marges de ses leçons, il s’amuse à recopier l’alphabet en imaginant des formes audacieuses. Il met aussi en scène des épisodes de l’Histoire : « la mort de Manlius » ou « la Ruse des Carthaginois ». Mais ce n’est que bien plus tard, au début des années 1830, que le dessin va l’occuper presque quotidiennement, lorsqu’il commence à parcourir les provinces en compagnie de Juliette Drouet.** Les deux amants voyagent beaucoup ensemble : en Bretagne (région d’où est originaire Juliette), mais aussi en Alsace, en Bourgogne, et le long du Rhin. Hugo a toujours sur lui un carnet ou un vieux papier sur lesquels il griffonne tout ce qu’il voit : trois arbres près d’un lac, un vieux pont dans le village de Lucerne, ou « la Tour aux rats », sublime dessin réalisé près de Bingen, en Allemagne, où l’on aperçoit au second plan les contours d’une masure médiévale perchée sur une colline. Peu à peu, l’écrivain prend conscience de son talent, même s’il joue encore au débutant devant ses amis. Au fond de lui, il est parfaitement conscient de l’étrange beauté de ses dessins… Une comédienne du Théâtre-Français, Mme Judith, rapporte dans ses _Mémoires_ ce mot que Victor Hugo aurait eu un soir, lors d’un dîner chez Alexandre Dumas : « J’aurais voulu être, j’aurais _dû_ être un second Rembrandt ! »… Le modèle n’est pas choisi au hasard. Hugo a le goût du clair-obscur : le choc de l’ombre et de la lumière ne cessera de hanter son œuvre picturale et poétique. Hugo est bon élève. Il apprend le dessin auprès de ses amis peintres - Louis Boulanger, Paul Huet, Célestin Nanteuil, ou encore Delacroix. Mais très vite, il abandonne le simple crayon ou la plume d’acier pour expérimenter toutes sortes de techniques bien à lui… Les empreintes digitales, les allumettes ou les végétaux peuvent avoir une utilité, un potentiel artistique… Le café noir ou la cendre de cigare remplacent parfois l’encre… Le trait se fait plus audacieux et attache moins d’importance au détail… Les dessins et les peintures de l’écrivain s’éloignent lentement du réalisme pur, pour devenir « _un peu sauvage_ (s) »… Ses croquis de paysages marins, effectués durant son exil sur les îles normandes, sont à ce titre fascinants… Plusieurs d’entre eux ont été réalisés pour illustrer son roman _Les Travailleurs de la Mer_ paru en 1866… On y retrouve la « magnifique imagination » dont parlait son ami Baudelaire, celle « _qui coule (…) comme le mystère dans le ciel_ ». Les perspectives sont inversées, les éléments semblent en mouvement : nous sommes comme plongés dans les ténèbres de son œil et son esprit… Victor Hugo a produit plusieurs centaines d’œuvres picturales. Parmi elles se trouvent de nombreuses caricatures… En quelques traits de fusain, il s’amuse à représenter un chef militaire à la tête noircie, un abbé au sourire coupable, ou un juge à l’esprit étriqué. Le dessin lui permet ainsi d’exprimer autrement ce qu’il traduit déjà par l’écriture mais en offrant l’idée brute, dans toute sa vérité.
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