Parmi les nombreux combats de Victor Hugo, il en est un que l’on cite peu : c’est la lutte qu’il a menée contre l’esclavage et pour les droits des Noirs.

Esclaves
Esclaves © Romain [apictureourselves.org]

L’écrivain s’empare de ce sujet dès l’âge de seize ans, lorsqu’il écrit la première version de son roman Bug-Jargal . C’est un livre méconnu, et pourtant essentiel. L’action se déroule en 1791, à Saint-Domingue. Le narrateur, d’Auverney, va se lier d’amitié avec l’un des esclaves de son oncle… Il s’agit de Pierrot, bientôt surnommé « Bug-Jargal » dès lors qu’il sera à la tête de l’insurrection des Noirs contre les riches colons… Une guerre meurtrière s’engage. Elle mènera, au début du XIXe siècle, à l’indépendance de l’île d’Haïti.

Victor Hugo prolonge la réflexion de Montesquieu et Condorcet qui avaient eux-mêmes, quelques années plus tôt, dénoncé l’absurdité de l’esclavage.

Voici la lettre que l’écrivain adresse aux Haïtiens en 1860 :

« Il n’y a sur la terre ni blancs ni noirs, il y a des esprits, vous en êtes un. Devant Dieu, toutes les âmes sont blanches. J’aime votre pays, votre race, votre liberté, votre révolution, votre république. Votre île magnifique et douce plaît à cette heure aux âmes libres ; elle vient de donner un grand exemple ; elle a brisé le despotisme. Elle nous aidera à briser l’esclavage . »[1]

À cette époque, la question de l’abolition se pose surtout aux États-Unis. Depuis le début des années 1820, le pays est coupé en deux par une décision gouvernementale : au Sud, l’esclavage prospère, tandis qu’au Nord, il disparaît peu à peu, même si les Noirs n’ont pas encore accès au statut d’hommes libres… Le nombre de « fugitifs », quittant le Sud pour le Nord, explose, et le mouvement abolitionniste prend de l’ampleur. L’une de ses figures les plus engagées va faire parler d’elle à l’automne 1859… «L’affaire John Brown » défraye la chronique en Amérique, et soulève les passions outre-Atlantique.

Victor Hugo l’apprend en lisant la presse. Il est immédiatement touché par l’histoire de cet homme atypique et intransigeant, qui risque sa vie pour délivrer les Noirs de la servitude. Mais tout se gâte le jour où Brown prend possession d’un dépôt d’armes à Harper’s Ferry, en Virginie, dans l’espoir de s’en servir pour libérer les esclaves de la région. Lui et sa bande tombent sous les balles des troupes fédérales. Grièvement blessé, emprisonné, il est jugé lors d’un simulacre de procès et condamné à mort. Hugo écrit au gouverneur de Virginie pour demander la grâce du prisonnier...

[1] Lettre aux habitants d’Haïti, depuis Guernesey, 31 mars 1860, Le journal Le Progrès , de Port-au-Prince, publie cette lettre, écrite par Hugo à M. Heurtelou, rédacteur en chef du journal.

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.