victor hugo
victor hugo © Wikimedia commons

Victor Hugo s’est façonné un double devenu célèbre, une voix par laquelle il pouvait exprimer toute sa vision romantique du monde. Ce double s’appelle Olympio…

...Il vient une certaine heure dans la vie où, l’horizon s’agrandissant sans cesse, un homme se sent trop petit pour continuer de parler en son nom. Il crée alors, poète, philosophe ou penseur, une figure dans laquelle il se personnifie et s’incarne. C’est encore l’homme, mais ce n’est plus le moi [1]

Voilà pour le choix du masque présenté dans le recueil Les Voix Intérieures , et qu’il enfile trois ans plus tard dans Les Rayons et les Ombres , au début du poème désormais fameux : La Tristesse d’Olympio . Cette longue plainte en vers fut écrite en 1837, tandis que Victor Hugo venait de parcourir, seul, la vallée de la Bièvre… C’est un lieu chargé de souvenirs : Juliette Drouet et lui avaient l’habitude de s’y retrouver au cours des étés 1834 et 1835. À cette époque, les deux jeunes amants se connaissent depuis un an à peine, et ils aiment partir loin de Paris… Ils séjournent dans la maison des Metz, louée pour l’occasion par l’écrivain pour abriter leurs amours, et se promènent dans les bois alentours. Ce sont des moments de pure joie…

Mais lorsque Victor Hugo y retourne seul, ce jour d’octobre 1837, il est submergé par la nostalgie. Le poème qu’il écrit alors est celui des jours enfuis et des bonheurs fugitifs. Le temps a passé, sa vie a changé… Eugène (l’un de ses frères aînés qui était interné depuis plusieurs années à Charenton) est mort ; sa fille Adèle est tombée gravement malade ; il a échoué plusieurs fois à l’Académie française ; et, détail qui mérite d’être cité : il a mal aux yeux, sa vue diminue et l’oblige à porter des gros « verres bleus » au quotidien… À la fatigue de l’esprit , s’ajoute donc la faiblesse du corps et la souffrance d’un cœur qui constate, impuissant,le passage du temps :

Il voulut tout revoir, l’étang près de la source,

La masure où l’aumône avait vidé leur bourse.

Le vieux frêne plié,

Les retraites d’amour au fond des bois perdues,

L’arbre où dans les baisers leurs âmes confondues

Avaient tout oublié.

__

Il chercha le jardin, la maison isolée,

La grille d’où l’œil plonge en une oblique allée.

Les vergers en talus.

Pâle, il marchait – Au bruit de son pas grave et sombre

Il voyait à chaque arbre, hélas ! se dresser l’ombre

Des jours qui ne sont plus.

[1] Cité dans Pléiade p1524

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