Détail de la décadence romaine de Thomas Couture
Détail de la décadence romaine de Thomas Couture © © The Gallery Collection/Corbis
**C’est un carnet noir, crypté en latin et en espagnol, tenu pendant l’exil à Guernesey… A l’intérieur, on trouve les exploits sexuels de Victor Hugo soigneusement répertoriés… Tout y est : les noms des jeunes filles passées dans son lit, les dates, parfois les lieux, et, à chaque fois, ce que l’écrivain a fait avec elles…** Pour Elisa Grapillot (dont nous ne serons rien, par ailleurs), il note simplement : « _EG. Esta manana. Todo_ », comprenez : « _Ce matin. Tout_ ». Avec une certaine Hélène, il est un peu plus précis : « _Helena nuda. Anniversaire de Waterloo. Bataille gagnée_ ». Et puis, il use souvent de métaphores. Pour désigner les seins, il évoque un pays montagneux : « _9 janvier 1868, Anne, nouvelle vue de Suisse. »_ . Pour évoquer le sexe de la femme, il choisit des mots qui lèvent tout soupçon…! « _9 novembre, vu (…) le ravin d’Anne Taton. 19 avril 1868, revu la forêt de Riette-Clanche, suis allé jusqu’à la cave. Y ai trouvé l’ermite de la Chaussée d’Antin_ », (‘trouver l’ermite’, comprenez ‘dépuceler’)… Plus étonnant encore, à côté de ces notes apparaissent les sommes dépensées pour chacune de ces parenthèses érotiques… Car ces aventures avaient un coût, plus ou moins élevé… Victor Hugo mettait un point d’honneur à rémunérer, l’air de rien, celles qui lui donnaient du plaisir. De la simple pièce (quand la jeune fille se déshabille seulement), jusqu’à 4 ou 5 francs dès que l’étreinte est engagée… Hugo est généreux, pas proxénète : donner un peu d’argent à ces filles souvent pauvres témoigne en fait de l’intérêt qu’il leur porte. Et il n’est pas rare, aussi, qu’il leur rende lui-même des services (leur achetant des vêtements ou du charbon si certaines ont froid l’hiver, ou payant le médecin à d’autres qui ne le peuvent pas)… A vrai dire, Victor Hugo ferait n’importe quoi pour un moment passé dans les bras d’une jolie fille... Il les aime plutôt jeunes, avouant avec subtilité ne pas être_« bouquiniste en amour_ »[[1]](#_ftn1)… ! Et au regard de sa vie sexuelle libertine, on oublie que le même homme était un adolescent regardant sous les statues de bronze rue de Richelieu, dans l’espoir de percer le secret de l’intimité féminine, et qu’il est resté chaste et vierge jusqu’à son mariage à 20 ans… Hugo se détourne rapidement de son épouse Adèle, lui préférant les jeunes actrices qu’il rencontre… Avec Juliette Drouet, la passion physique dure un temps, leur correspondance en témoigne : « _Vous saurez, mon cher amour, que je vous aime en gros et en grand. Quand vous voudrez que je vous aime en détail, vous me ferez l’honneur de passer rue Neuve-Coquenard prolongée, numéro 35, au premier, et là, je vous en donnerai pour ce que vous voudrez en avoir_ »[[2]](#_ftn2)… Juliette le suit en exil, Hugo pense qu’il n’y aura pas de tentations sur les îles anglo-normandes, mais il se trompe. A peine arrivé à Jersey, il se passionne pour toutes les domestiques vivant avec lui à Marine-Terrace… Même chose quand il pose ses valises à Guernesey. L’air de la mer lui ouvre l’appétit… Admiratrices venant taper à sa porte, prostituées, jeunes villageoises (parfois mineures) : des dizaines de femmes défilent à sa porte. Il y a des semaines plus chargées que d’autres. Lors de ses intenses sessions d’écriture, le désir charnel se fait plus rare… Mais la toute-puissance virile s’exprime autrement : il faut imaginer Victor Hugo au dernier étage de Hauteville-House, dans sa « cabine de capitaine » avec vue sur la mer, écrivant debout, concentré, et jetant les phrases sur le papier avec fougue, pendant des heures… La libido est source de création, et habite l’écrivain jusqu’à un âge très avancé. Hugo est atteint de la « _plaie vive de la femme_ », une blessure qui attristait Juliette, lasse de voir l’homme qu’elle aimait se perdre lentement dans « _le tonneau des Danaïdes_ »… Au début des années 1870, il rencontre Blanche Lanvin, l’une de ses dernières passions. Elle a 21 ans, le poète en a presque 70… Et la vieillesse ne l’arrête pas. « _Tant que l’homme peut, tant que la femme veut »_ peut-on lire dans ses notes. Dans son ultime cahier, conservé à la Bibliothèque Nationale, et daté du printemps 1885, Hugo marque d’une croix chacun de ses rapports sexuels : le dernier date du 5 avril. Il meurt le 22 mai de la même année, à 83 ans. [[1]](#_ftnref1) cité par HG, p32, extrait d’un dossier tenu par VH avec pour titre « Amour » [[2]](#_ftnref2) cité par HG p39
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