Dans la maison de Victor Hugo
Dans la maison de Victor Hugo © corbis / © Sylvain Sonnet

Quelque temps après Les Contemplations (recueil du déchirement intime et de la renaissance), Victor Hugo réfléchit à un livre démesuré, avec lequel il pourrait (je cite) « emporter la foule sur de certains sommets »[1]. Il a une idée fixe, et ambitieuse : écrire (en vers) l’histoire des hommes, leurs péripéties, leurs drames, leurs querelles, leurs réussites… En un mot : trouver la vérité du « grand fil mystérieux du labyrinthe humain »… Ce qu’il a en tête, c’est La Légende des siècles

La rédaction s’étale sur les années d’exil. Hugo dédie son ouvrage « A la France », lui adressant ce recueil comme on envoie « une feuille morte ».

La première partie paraît à Bruxelles et à Paris en 1859… C’est une année importante pour Hugo, car c’est à ce moment qu’il refuse de revenir chez lui, alors même que Napoléon III amnistie les proscrits… Cela fait 8 ans que le poète est loin de sa patrie, mais il tient bon : « Personne n’attendra de moi que j’accorde, en ce qui me concerne, un moment d’attention à la chose amnistie. Dans la situation où est la France, protestation absolue, inflexible, éternelle, voilà pour moi où est le devoir »[2].

La déclaration est grave, à l’image de cette section d’ouverture de la Légende des siècles, qui a pour titre « Les petites épopées »… Hugo y prend position, encore une fois, contre le Second Empire, et pour la liberté démocratique. Que le lecteur soit averti, « les tableaux riants sont rares dans ce livre, cela tient à ce qu’ils ne sont pas fréquents dans l’Histoire », écrit-il dans sa préface. Le poète décide de peindre l’Homme, « cettegrande figure une et multiple, lugubre et rayonnante, fatale et sacrée »[3]

Au commencement étaient Adam et Eve, puis vient Jésus, la décadence de Rome… Après le « cycle chrétien », Hugo convoque Charlemagne, explore la Turquie, nous plonge dans la Renaissance italienne, l’Inquisition, le XVIIè siècle… pour arriver à ce mot : « Maintenant »… Et c’est l’image d’une humanité guerrière et sanglante qui apparaît – une humanité encore teintée d’héroïsme…

[1] Lettre à Enfantin du 7 juin 1856, cité p1079 dans Notices de la coll. Bouquins.

[2]Actes et Paroles , II, 511

[3] préface

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.