Caricature de Victor Hugo
Caricature de Victor Hugo © Leonard de Selva/Corbis

Il est amusant de regarder les caricatures de Victor Hugo publiées dans la presse de l’époque. Tantôt il est représenté une plume géante à la main ; tantôt en forçat, brisant ses chaînes avec un marteau. Et quand il ne marque pas au fer rouge le front de Napoléon III, il est au-dessus des nuages, posant ses mains sur le monde, et projetant de la lumière sur les hommes…

Ces images donnent bien la mesure de la place qu’occupait l’auteur dans l’opinion publique, et de l’image qu’il renvoyait à ses lecteurs. Hugo, de son vivant, est considéré comme un guide, un génie. Plus d’un million de personnes assistent à ses funérailles à Paris en 1885, et suivent le cortège jusqu’au Panthéon… C’est dire à quel point il faisait partie de la vie de chacun.

Adoré, Hugo est aussi beaucoup jalousé , notamment par d’autres écrivains…

Il y a d’abord les bienveillants, ceux qui se permettent de le remettre poliment à sa place, l’air de rien… Par exemple, quand Hugo prône la liberté dans l’art, Chateaubriand lui rappelle qu’il y a, quand même, des règles à respecter… Lamartine quant à lui, après lecture du roman Han d’Islande , lui conseille « d’adoucir sa palette »… Rien de grave, encore…

Mais prenez Goethe : « Je ne lui fais pas un crime de vouloir s’enrichir, non plus que de s’efforcer de récolter les lauriers du jour : mais s’il aspire à une gloire durable, il doit commencer par écrire moins et travailler davantage »…

Prenez, plus tard, Paul Valéry : « Hugo est un milliardaire. Ce n’est pas un prince »[1]… Prenez, enfin, le téméraire Barbey d’Aurevilly (l’auteur d’Une Vieille Maîtresse et des Diaboliques ), qui s’est amusé à écrire un essai à charge contre lui…

« La faculté première de Hugo », écrit-il,« c’est l’infatigabilité. Il jette des vers comme une machine qui serait montée pour cela. Il y a là un mystère de mécanisme et non plus une question d’intelligence. (…) "Je suis celui que rien n’arrête", a dit Hugo, et c’est vrai ! »[2]

[1] (Mauvaises pensée et autres, Œuvres II, Pléiade, 1960, pp804)

[2] (p144)

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