Discours Victor Hugo
Discours Victor Hugo © / LACMA
**« _Qui que tu sois, si tu es pensif en lisant, c’est à toi que je dédie mon œuvre_ »[[1]](#_ftn1). Victor Hugo ne pensait pas si bien dire… Pensif… Oui, n’importe quel lecteur l’est face à ce qu’il nous dit, mais aussi à la manière dont il le dit… Hugo, c’est un esprit, une voix, mais c’est aussi un verbe, une signature… La sienne est à chercher dans la rébellion, l’insoumission, dans le désir d’écrire pour l’avenir des hommes, et pour une littérature libérée, enfin, de toutes les règles.** Dans ses poèmes, ses romans, ses essais, ses pamphlets, il a fait du mot une arme. Ce qu’il cherche, c’est (je cite) « _la revanche de l’intelligence contre la force brutale. Encrier contre canon._ »[[2]](#_ftn2). La parole n’est pas un son, elle est acte. L’auteur n’écrit pas un livre, il « _pousse un cri_ »[[3]](#_ftn3)… Alors la lecture se transforme en appel : partout, des impératifs, des interrogations, des ruptures… Il faut que les mots touchent, ébranlent, réveillent… Il y a une grandiloquence rare chez Hugo, qu’il parle de la peine de mort ou qu’il s’enflamme pour la consolidation et la défense du littoral français... Sa plume est lyrique et puissante, même lorsqu’elle est envahie par le chagrin… « _Je ne fléchirai pas ! »_ nous dit-il dans _Les Châtiments_ , le recueil qu’il écrit après avoir quitté la France en 1852, suite au coup d’Etat napoléonien. > _(…) Sans plainte dans la bouche,_ _Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,_ _Je vous embrasserai dans mon exil farouche,_ _Patrie, ô mon autel ! liberté, mon drapeau !_ [[4]](#_ftn4) Le mot est plus fort que la tristesse. Il permet de continuer à avancer, il est aux yeux d’Hugo « _un être vivant_ »[[5]](#_ftn5)… > _Le mot dévore, et rien ne résiste à sa dent._ _A son haleine, l’âme et la lumière aidant,_ _L’obscure énormité lentement s’exfolie._ _Il met sa force sombre en ceux que rien ne plie_ ; « _Oui, tout-puissant ! tel est le mot. Fou qui s’en joue !_ _Quand l’erreur fait un nœud dans l’homme, il le dénoue._ _Il est foudre dans l’ombre et ver dans le fruit mûr._ _Il sort d’une trompette, il tremble sur un mur_ [[6]](#_ftn6) [[1]](#_ftnref1)_PS de ma vie_ , p62 [[2]](#_ftnref2) lettre à sa fille Adèle, lui présentant _Les Châtiments,_ le 26/02/1859 [[3]](#_ftnref3) Reliquat d’_Histoire d’un crime_ , col. ‘Histoire’ p1399 [[4]](#_ftnref4) « Ultima Verba » [[5]](#_ftnref5)_Les Contemplations_ [[6]](#_ftnref6)_Contemplations_ , « Autrefois », VIII p51, éd. Poésie Gallimard
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