Cosette chez les Thénardier
Cosette chez les Thénardier © radio-france
Il y a une page essentielle des _Misérables_ , quand Cosette marche seule dans la nuit profonde, son seau à la main, en pleine forêt, effrayée par le silence et la solitude. Les Thénardier l’ont envoyée chercher de l’eau. La fillette a tellement peur qu’elle compte dans sa tête pour se donner du courage… A ce moment, Victor Hugo écrit : « _L’obscurité est vertigineuse. Il faut à l’homme de la clarté._ »[[1]](#_ftn1). Et cette ‘clarté’ surgit en la personne de Jean Valjean «_qui était arrivé derrière elle et qu’elle n’avait pas entendu venir. Cet homme, sans dire un mot, avait empoigné l’anse du seau qu’elle portait. Il y a des instincts pour toutes les rencontres de la vie. L’enfant n’eut pas peur_ »[[2]](#_ftn2) (fin de citation). Cosette ne sera plus jamais seule : l’ancien forçat vient de la sauver. Jean Valjean est la lumière de Cosette, comme monseigneur Myriel fut la lumière de Jean Valjean. Même plongés dans les ténèbres, les personnages parviennent toujours à trouver une lueur qui brille dans « _l’horizon noir_ ». Jamais le romancier ne les abandonne… C’est là que se situe toute la beauté de l’œuvre hugolienne, dans cet instant crucial où l’homme sort du découragement parce qu’il se met à croire de nouveau. L’écrivain est le premier modèle de ses héros. Il n’a cessé d’osciller entre le jour et la nuit. Mais la persévérance l’a emporté… Même la fin des _Contemplations_ (le tombeau de Léopoldine) ouvre sur un nouveau « commencement ». Deux mots n’ont jamais quitté l’imaginaire d’Hugo : les rayons, et les ombres. Il en a fait le titre d’un recueil poétique, paru en 1840, et dans lequel il arbore un «_front éclairé »,_ s’adressant à ses lecteurs en ces termes : > O générations ! courage ! Vous qui venez comme à regret, Avec le bruit que fait l’orage Dans les arbres de la forêt ! Douteurs errant sans but ni trêve, Qui croyez, étendant la main, Voir les formes de votre rêve Dans les ténèbres du chemin ! (…) Naufragés de tous les systèmes, Qui de ce mot triste et vainqueur Sortez tremblants et de vous-mêmes N’avez sauvé que votre cœur ! (…) Lutteurs qui pour laver vos membres Avant le jour êtes debout ! Rêveurs qui rêvez dans vos chambres, L’œil perdu dans l’ombre de tout ! Vous, hommes de persévérance, Qui voulez toujours le bonheur, Et tenez encor l’espérance, Ce pan du manteau du Seigneur ! (…) Courage ! Dans l’ombre et l’écume Le but apparaîtra bientôt ! Le genre humain dans une brume, C’est l’énigme et non pas le mot ! Assez de nuit de tempête A passé sur vos fronts penchés. Levez les yeux ! Levez la tête ! La lumière est là-haut ! marchez ! Bien sûr, l’avenir pour Hugo se conçoit grâce et à travers Dieu. Mais il y a autre chose… une foi qui se passe de divinité, une certitude très personnelle que l’écrivain délivre au début des _Chants du crépuscule,_ et qui résonne étrangement avec notre temps : « _Le dernier mot que doit ajouter ici l’auteur, c’est que dans cette époque livrée à l’attente et à la transition, dans cette époque où la discussion est si acharnée, si tranchée, si absolument arrivée à l’extrême, qu’il n’y a guère aujourd’hui d’écoutés, de compris et d’applaudis que deux mots, le Oui et le Non, il n’est pourtant, lui, ni de ceux qui nient, ni de ceux qui affirment. Il est de ceux qui espèrent._ » [[1]](#_ftnref1) Les Misérables p508 [[2]](#_ftnref2) p510
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