Leopoldine Hugo en 1836, le jour de sa première communion
Leopoldine Hugo en 1836, le jour de sa première communion © Wikimedia commons / Auguste de Châtillon

La famille est la grande affaire de Victor Hugo, sa raison de vivre. Le glorieux écrivain n’est rien sans son clan, c’est là qu’il puise sa force et sa volonté, dans ce qu’il nomme son « groupe à part »[1] qu’il forme avec son épouse Adèle et leurs quatre enfants.

Leur premier fils, Léopold, n’a survécu que quelques mois. Les jeunes parents, effondrés, accueillent donc la naissance de leur fille aînée, en aout 1824, comme un miracle : Léopoldine sera l’enfant qui console et que les Hugo couvriront de tendresse.

« Didine » est une fillette à l’esprit vif, souriante et joueuse. Entre son père et elle, c’est l’amour fou. Hugo lui transmet son goût pour la littérature. Adolescente, elle devient même la copiste officielle de ses œuvres, devant Juliette Drouet qui a longtemps tenu ce rôle… Elle participe aux soirées données place Royale, côtoie Balzac, Vigny, Gautier, Frantz Litz… C’est une jeune fille accomplie qui voue à son père une admiration sans faille. « Cher papa, ton nom que je porte me fait l’effet d’une couronne », lui écrit-elle à 15 ans.

Léopoldine ne nourrit pas de rêves artistiques, mais elle a le fort désir de s’émanciper. Sa rencontre avec Charles Vacquerie en 1839 rend soudain ses aspirations possibles… Il est jeune, beau garçon, travailleur, et promet de l’aimer pour toujours. Après trois ans d’idylle secrète, le jeune couple veut se marier. Victor Hugo, méfiant mais surtout jaloux qu’un petit bourgeois de province lui vole son enfant, fait en sorte de retarder les festivités. L’union est finalement célébrée, Hugo se résout à ce « bonheur désolant de marier sa fille »[2]. Léopoldine part s’installer à Villequier, en Normandie. Et son père lui écrit tous les jours : « Nous vivons de ta vie là-bas,moi, c’est à peine si je puis écrire »[3].

Souffrant de l’éloignement, Victor Hugo arrive au Havre par bateau, un jour de juillet 1843. Léopoldine l’attend sur l’embarcadère. Les retrouvailles sont intenses, la journée inoubliable. Mais Hugo a peu de temps, il doit repartir le lendemain pour l’Espagne avec Juliette Drouet, un voyage prévu depuis des semaines. Le père et la fille se quittent. C’est la dernière fois qu’ils se voient.

Le 4 septembre, Charles doit accompagner son oncle chez le notaire. Léopoldine hésite à se joindre à eux : sa mère, sa sœur et ses frères sont au Havre, elle aimerait les voir… Mais l’excursion en canot sur la Seine la réjouit d’avance, alors elle y va. Le courant est fort, la météo mauvaise… l’embarcation chavire et personne ne sait nager. Empêtrée dans sa jupe, Léopoldine s’accroche au bateau et coule la première. Charles tente de la sauver, mais n’y parvient pas. La légende veut qu’il ait préféré se noyer à son tour, plutôt que de vivre sans elle...

[1] Lettre du 14 mai 1859, cité par H. Guillemin dans Hugo , éd. Seuil, 1993

[2]VH avant l’exil , JM Hovasse, p. 875

[3] Lettre du 16 mars 1843, p. 357

[4]Souvenirs de Juliette Drouet

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.