Tempête, côtes de Belle-Ile
Tempête, côtes de Belle-Ile © © The Gallery Collection/Corbis

Oh ! Combien de marins, combien de capitaines

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

Dans ce morne horizon se sont évanouis !

Combien ont disparu, dure et triste fortune !

Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,

Sous l’aveugle océan à jamais enfouis ! [1]

La mer est au cœur de l’œuvre de Victor Hugo. Sa « musique ineffable et profonde »[2] résonne sous la plupart de ses textes qui semblent portés par l’appel du large… « Chose vue » et inlassablement contemplée, elle est pour le poète une amante dangereuse, douce et impétueuse à la fois, une force de la nature qu’on admire et qu’on craint…

Hugo la côtoie surtout pendant son exil. La mer est sa compagne d’infortune, celle qu’il voit tous les jours de sa fenêtre, qu’il soit à Jersey ou à Guernesey, sur cet « archipel de la Manche ». Mais que l’on ne s’y trompe pas : la mer, là-bas, ne ressemble à aucune autre… Elle est (je cite) « particulière »[3] parce qu’ « insoumise »[4]… Les marins qui s’y risquent savent qu’il faut anticiper trois dangers : le « swinge » (c’est-à-dire le courant), le bas-fond, et le « derruble » (comprenez le « terrible », le trou qui peut se creuser dans les profondeurs). Et puis il y a la beauté dangereuse des rochers sur lesquelles les vagues viennent se casser et qui donne au poète des hallucinations…

« Qui longe cette côte passe par une série de mirages. A chaque instant le rocher essaie de vous faire sa dupe. Où les illusions vont-elles se nicher ? Dans le granit. Rien de plus étrange. D’énormes crapaud de pierre sont là, sortis de l’eau sans doute pour respirer ; des nonnes géantes se hâtent, penchées sur l’horizon ; les plis pétrifiés de leur voile ont la forme de la fuite du vent ; des rois à couronnes plutoniennes méditent sur de massifs trônes à qui l’écume n’est pas épargnée ; des êtres quelconques enfouis dans la roche dressent leurs bras dehors ; on voit les doigts des mains ouvertes. Tout cela c’est la côte informe. Approchez (…) Voici une forteresse, voici un temple frustre, voici un chaos de masures et de murs démantelés, tout l’arrachement d’une déserte. Il n’existe ni ville, ni temps, ni forteresse ; c’est la falaise »[5].

[1] Oceano nox, Les Rayons et les ombres

[2] Les Feuilles d’automne

[3] p5 Archipel de la manche, coll. Bouquins

[4] ibid. p7

[5] Ibid p8

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