Des enfants posent dans la cour en 1905
Des enfants posent dans la cour en 1905 © © Kirn Vintage Stock/Corbis

Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille

Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille

Fait briller tous les yeux,

Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,

Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,

Innocent et joyeux. [1]

Dans le recueil Les Feuilles d’automne , les références à la douceur de l’enfance sont nombreuses. Contre l’irrémédiable fuite du temps, le poète s’accroche à ce paradis perdu, « le plus beau moment / Que l’homme, ombre qui passe, ait sous le firmament »[2]… Il s’y accroche et la protège de « l’horizon obscur »[3] des hommes…

Car l’innocence de l’enfant est sans cesse menacée. Partout, dans l’œuvre de Victor Hugo, on trouve le péril de la mort derrière la pureté de la jeunesse… L’une des pièces maîtresses des Contemplations évoque d’ailleurs sans détour l’instrumentalisation des plus faibles et des plus pauvres par les adultes… Il s’agit du sublime poème « Melancholia » :

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?


Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?


Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?


Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules ;


(…)

Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre,


Qui produit la richesse en créant la misère,


Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil !


Progrès dont on demande : Où va-t-il ? Que veut-il ?


Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,


Une âme à la machine et la retire à l’homme !


Que ce travail, haï des mères, soit maudit !


[1] Poème XIX, Les Feuilles d’automne , éd. GF, p77

[2]Ibid.

[3] Poème XIV, p68

[4] Adèle Hugo, Journal de l’exil , 25 décembre 1855, cité par Pierre Albouy dans Les Contemplations , p465

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