Les Contemplations
Les Contemplations © BNF - Gallica

Les Contemplations (publiées en 1856) sont « les Mémoires d’une âme »[1].

Une rédaction étalée sur dix ans, 11 000 vers, six livres, et deux parties (‘Autrefois’ et ‘Aujourd’hui’) pour dire l’homme brisé, déchiré entre la vie et la mort. La rupture se situe en 1843, date de la disparition brutale de Léopoldine, qui n’est jamais nommée dans ce recueil, mais présente partout… Ces poèmes, écrits pour la plupart en exil à Jersey, sont son « tombeau ».

Victor Hugo réserve à sa fille une place centrale, à travers la longue litanie de « Pauca meae ». Ce poème ressasse les doux souvenirs et les images envolées ; il s’adresse à « l’enfant béni »[2] et interpelle également le Dieu Tout-Puissant qu’il ne comprend plus :

L’humble enfant que Dieu m’a ravie

Rien qu’en m’aimant savait m’aider ;

C’était le bonheur de ma vie

De voir ses yeux me regarder.

__

Si ce Dieu n’a pas voulu clore

L’œuvre qu’il me fit commencer,

S’il veut que je travaille encore,

Il n’avait qu’à me la laisser ! (…)

__

O Dieu ! vraiment, as-tu pu croire

Que je préférais, sous les cieux,

L’effrayant rayon de ta gloire

Aux douces lueurs de ses yeux ?[3]

Outre la question de la foi se pose aussi celle du deuil. Comment vivre, désormais ? Comment être là quand l’enfant n’est plus ? C’est le sujet même de ces Contemplations qui décrivent un monde accidenté, fragile, et soumis à des « lois moroses »[4].

Hissé en haut de sa « pyramide »[5], le poète regarde d’abord en arrière : ses combats, ses luttes, ses victoires, ses pertes. Ça et là, la présence d’une femme ou d’une mère, et la certitude qu’il faut s’accrocher à l’amour. Alors, il harangue les foules : « Aimons toujours ! Aimons encore ! »[6], lance-t-il au lecteur, avant d’avouer ce dont il est maintenant intimement convaincu : « L’amour seul reste »[7].

[1] Préface, éd. Poésie Gallimard, p. 27

[2] « Pauca meae », II, p208

[3]Ibid , III, p211

[4]Ibid p.211

[5] Lettre à son éditeur Hetzel

[6] XXII, p111

[7] p113

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