Jeaninne Letulle
Jeaninne Letulle © Radio France
_Peut-être, pourriez-vous être intéressés par le parcours de la vie de la personne (âgée) que je suis devenue à présent. Plus malchanceuse est-ce possible ? Permettez- moi de vous présenter la petite fille que j’étais. Jeannine Letulle née le 3 février 1934, au Havre, dans la Seine inférieur comme on le disait à l’époque. La famille se composait de cinq garçons et de la petite fille. Dure karma pour une enfant sensible dans ce milieu machiste qui n’auront l’un et l’autre ainsi que le père, que du mépris pour elle. Qu’est-ce que tu peux savoir, toi, une fille ! S’entendait-elle répondre quand elle voulait se mêler à eux ! Et c’était toujours ainsi dans les moindres détails. Jeannine n’avait que six ans en 1940, et l’enfer devait commencer pour la famille. Il y aura à subir les bombes sur le Havre, puis la prison par les occupants pour le père et un frère, la déportation pour l’aîné, et enfin le sinistre total de leur maison. De tous ces évènements, avec l’aide des restrictions, Jeannine tombera malade et sera envoyée dans un sanatorium pendant trois ans à l’âge de douze ans. Si la vie était très difficile avec ses frères et son père, dans ce sana, elle allait connaître le comble du sadisme de l’infirmière en chef. (Un livre est d’ailleurs sorti sur ces événements précédents). Les maltraitances verbales comme la crevée, le cadavre, revenaient sans cesse dans le vocabulaire de cette personne pour malmener les petites malades trop maigres, surtout Jeannine. Aucune instruction scolaire n’était donnée aux enfants. Puis, le retour dans la vie normale à quinze ans. Inscrite dans un centre d’apprentissage l’adolescente était enfin heureuse, jusqu’à l’arrivée d’une des demies soeurs, filles aînées de son père d’un premier mariage. Cette personne tenait une charcuterie dans le centre du Havre, et prétextant que Jeannine perdait son temps dans ce centre d’apprentissage à apprendre le métier de modiste, il fallait à tout prix qu’elle apprenne le métier de vendeuse. Malheureusement, c’était un piège, elle sera la petite bonne chez sa sœur, elle ne coupera jamais une côtelette mais ne fera que du ménage. Dans cet endroit, elle connaîtra également la bassesse de ces gens, les railleries contre les employés, la veulerie de sa sœur trompée par un mari trop volage. Pour Jeannine, ce fut une autre épreuve, elle n’osait pas en parler à sa mère qui avait accepté son placement chez sa sœur pour se persuader que Jeannine aurait enfin une meilleure nourriture qu’elle ne pouvait plus donner. La précarité dominait dans le foyer. Le père était décédé. Ce fut dans les mois suivants qu’elle allait enfin connaître le bonheur. Elle avait dix huit ans._ La suite est à découvrir ce matin... Elle retrace aussi son histoire dans un livre : "Une jeune havraise dans la guerre des grands" Editions Pétra. et **La chasse aux idées reçues** de [Daniel Fievet](http://sites.radiofrance.fr/franceinter/chro/la-chasse-aux-idees-recues/)
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