Sherman Alexie, le nom de prime abord ne vous dit peut-être rien...

Couverture de "Danses de guerre" (détail)
Couverture de "Danses de guerre" (détail) © Albin Michel

Mais si l’on dit Phoenix, Arizona ? Oui ! Le célèbre film, le premier à avoir été tourné avec un casting exclusivement indien, a été adapté d’une nouvelle de Sherman Alexie. Amérindien, conscient de son histoire, mais surtout pas victime, Sherman Alexie occupe une place à part dans le paysage littéraire américain. Avec le recueil intitulé Danses de guerre, il pulvérise joyeusement les clichés sur les minorités raciales.

Sherman Alexie est résolument « politiquement incorrect ». Et quand on est un Indien aux Etats-Unis, cela donne des choses des choses surprenantes et décapantes. Les Indiens en tout cas, surtout les jeunes, l’adorent.

"Danses de guerre" de Sherman Alexie
"Danses de guerre" de Sherman Alexie / Albin Michel

Dans la première nouvelle, Effraction, il est question d’un Indien qui sans l’avoir voulu, tue un jeune homme noir venu le cambrioler. Si on espère trouver chez Sherman Alexie l’image d’Epinal de l’Indien figé dans une posture victimaire, alors il ne faut pas le lire. Mais ce serait dommage car on n’a pas souvent l’occasion de tomber sur un écrivain à la bonne humeur aussi contagieuse. La nouvelle intitulée Sel est l’histoire d’un stagiaire à qui son rédacteur en chef demande de rédiger la notice nécrologique…de la responsable de la rubrique nécrologique du journal.

L’impertinence de Sherman Alexie fait de lui ce que son éditeur français appelle « un Indien 2.0 ».

Interview de Francis Geffard, directeur de la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel

Qu’il parle de sa peur quand le médecin lui découvre une tumeur au cerveau ou qu’il raconte l’hospitalisation de son père, il n’oublie jamais de se moquer de lui-même. Il place ses personnages dans des situations absurdes, qui font voler en éclat les idées reçues.

Quelquefois, le ton se fait plus grave. Dans Le fils du sénateur, deux garçons, issus tous les deux d’excellentes familles républicaines, sont liés par une de ces amitiés qui marquent les adolescences. Mais cette amitié se brise lorsque l’un des garçons annonce à son ami qu’il est homosexuel, ce qui ne se fait vraiment pas dans leur milieu.

Dans La ballade de Paul Néanmoins, le personnage se demande s’il n’est pas « une ironie américaine » et nous, lecteurs, nous nous demandons si l’auteur ne se considère pas comme lui-même comme une « ironie américaine ».

Sherman Alexie n’a pas publié de livre depuis 11 ans. Le mois dernier, il a accordé une interview au Wall Street Journal. Il dit qu’il traverse une crise de milieu de carrière mais qu’il travaille à un roman et à un livre sur sa mère. On a envie de lui dire : « Dépêchez-vous ! ».

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.