Après trois longs romans, Russell Banks est revenu à la nouvelle, un genre qu’il n’avait plus pratiqué depuis une douzaine d’années.

Couverture d' "Un membre permanant de la famille" (détail)
Couverture d' "Un membre permanant de la famille" (détail) © Actes Sud

Il y a deux ans, il a publié Un membre permanent de la famille, recueil de douze nouvelles, peinture d’une Amérique très middle-class, saisie au plus près de ses émotions.

Dans les nouvelles de Russell Banks, il est souvent question d’occasions ratées, ou de mauvaises décisions dont on mesure les conséquences des années plus tard. Il saisit comme personne les petits moments de bascule, ces moments où imperceptiblement, un individu change. Dans la nouvelle intitulée Transplantation, un homme vient de subir une greffe du cœur. Ce n’est pas un homme très sympathique. Il est égoïste, assez froid. Quand l’épouse du donneur défunt demande à le rencontrer, il n’a pas envie d’accéder à sa demande. Finalement, poussé par le médecin qui l’a opéré, il accepte. Le moment crucial que raconte la nouvelle, c’est celui où, après avoir accepté de la rencontrer, il propose à la jeune femme de soulever son t shirt pour qu’elle puisse, une dernière fois, entendre battre le cœur de son défunt mari. Ce tout petit moment suffit à le changer, explique Russell Banks. C’était en novembre 2013, lors d’une rencontre avec des lecteurs organisée par la librairie Politics and prose, à Washington :

Interview

A la fin de cette nouvelle, on sait que c’est un type légèrement différent. Il ne va pas forcément se transformer en type sympa. Il va continuer à se disputer tous les matins, mais quelque chose s’est passé pendant qu’il était debout, là, avec cette fille. Elle l’a fait avancer. Elle l’a fait sortir de lui-même. Peut-être qu’il va faire la paix avec son ex-femme, on ne sait pas. Il n’avait jamais réussi à faire le deuil. Peut-être qu’il pourra. En l’espace de quelques pages, il a changé.

Chacune à sa façon, ces douze histoires racontent l’étrangeté des vies humaines et la complexité de nos comportements. Dans Oiseaux des neiges, au lieu de s’effondrer après la mort de son mari, comme sa plus proche amie le redoute, une femme se lance avec frénésie dans une existence nouvelle. Elle se déleste de sa vie d’avant comme d’une ancienne peau dont elle ne veut plus.

Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, Un membre permanent de la famille, un homme raconte plusieurs années après, l’incident le plus marquant de son divorce : la mort de la chienne de la famille. Vieille et arthritique, c’était pourtant elle la garante de l’unité familiale, pas le couple parental.

Comme toujours chez Russell Banks, on retrouve cette écriture pétrie de réel et de sensations :

Interview

Je veux que mon lecteur voie ce que j’écris et je veux le voir, moi aussi. Si je n’arrive pas à voir ce que j’écris, c’est qu’il y un problème entre moi et l’écriture. Ça veut dire que j’évite quelque chose, ou que j’ai peur, ou que je fuis quelque chose. Je veux que mes lecteurs voient. Et je veux qu’ils entendent aussi. Quand des personnages parlent, on veut entendre leurs voix. Il faut arriver à une hallucination auditive et visuelle. 

Chaque histoire, avec Russell Banks, est un concentré d’humanité. Son attention est toujours en éveil. Il note sur un petit carnet qu’il a toujours avec lui des scènes de la vie quotidienne qui le frappent et qui peut-être un jour deviendront une histoire.

"Un membre permanent de la famille" de Russell Banks

"Un membre permanent de la famille" de Russell Banks
"Un membre permanent de la famille" de Russell Banks / Actes Sud
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