Si vous voulez avoir une vue plongeante sur la vie et l’œuvre fulgurantes du peintre Jean-Michel Basquiat, ce livre est pour vous.

"La veuve Basquiat" (couverture, détail)
"La veuve Basquiat" (couverture, détail) © Christian Bourgois Editeur

Si vous voulez voir revivre le monde artistique de New-York dans les années 80, ce récit vous permettra de croiser Andy Warhol, Madonna, Kaus Nomi, Iggy Pop et bien d’autres.

Dans ce livre, la journaliste et écrivaine Jennifer Clement a recueilli la parole de celle qui fut la compagne de Basquiat, Suzanne Mallouck.

Le jour où Jean-Michel Basquiat emménage chez Suzanne Mallouck, il n’apporte presque rien avec lui. Juste une radio cassée et une boîte de conserve pleine de crayons de couleur.

Du plus loin qu’il s’en souvienne, ce jeune homme né à Brooklynn d’une mère portoricaine et d’un père haïtien n’a toujours voulu qu’une seule chose : dessiner.

Quand il va au MOMA, il enrage : pas un seul artiste noir exposé. Cet artiste, ce sera lui. En quelques années, il se propulse au sommet de l’art contemporain.

A ses côtés, Suzanne. Il l’appelle Venus. Dans le documentaire de Tamra Davis, The radiant child, elle raconte la façon dont ils se sont rencontrés :

J’étais serveuse dans un bar miteux. Il venait, il s’appuyait contre le mur et il me regardait fixement, sans consommer. Il faisait un peu peur. Ça a duré des semaines. Finalement, un jour, il est venu s’asseoir au comptoir et il a commandé à boire. Il a commandé ce qu’on avait de plus cher.

Très vite, Suzanne devient sa compagne de galère et de célébrité. Très vite, bien avant la mort de Basquiat, on l’appelle « la veuve Basquiat ». Ce surnom lui est donné comme une prédiction funeste.

Car ce récit décrit de manière glaçante la naissance d’un grand créateur et simultanément le processus d’autodestruction par la drogue, la déchéance physique et la marche inexorable vers la mort.

Suzanne Mallouck nous donne les clés de l’œuvre comme jamais personne avant elle. Il faut avoir vécu avec lui, cloîtrée dans un loft, pour savoir qu’il regarde la télé en boucle et que quand il entend un mot ou une phrase qui l’intéressent, il court les peindre sur une toile. Il faut avoir été sa compagne jalouse pour savoir que tel tableau renvoie à une bagarre à coups de poings entre Suzanne et Madonna…Car Basquiat n’avait pas fait vœu de monogamie.

Très vite, c’est la célébrité. Les dollars coulent à flots. Basquiat n’a pas de compte en banque. Il planque des milliers de dollars dans une chaussure, dans le four, sous le canapé. Il n’achète que ce qu’il y a de plus cher. Il gaspille, il dilapide.

Très vite, sa vie se résume à cette trilogie : « peindre, dormir et se droguer ».

Si on a une vision romantique de la création sous l’empire de la drogue, il va falloir déchanter. « La veuve Basquiat » raconte une descente aux enfers. On passe cinq jours à sniffer de la cocaïne, puis on se shoote à l’héroïne pour arriver à dormir. On fait passer l’effet de la coke à coups de tequila et de cognac.

Basquiat est persuadé qu’il va mourir du SIDA. Mais c’est une overdose d’héroïne qui l’emporte, en août 88. Il avait 27 ans.

Suzanne, elle, a eu assez de ressources pour quitter Basquiat et le monde de la nuit. Elle décroche de la drogue, entreprend des études de médecine. L’ancienne junkie est devenue le docteur Suzanne Mallouck, médecin psychiatre, spécialiste des addictions. Elle a son cabinet à NY, avec vue sur Central Park.

« La veuve Basquiat » de Jennifer CLEMENT est publié aux éditions Christian BOURGOIS.

"La veuve Basquiat" de Jennifer Clément (couverture)
"La veuve Basquiat" de Jennifer Clément (couverture) © Christian Bourgois Editeur
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