Il n’en aura jamais fini avec Los Angeles et avec l’histoire des Etats-Unis.

James Ellroy en 2014 à la sortie de "Perfidia"
James Ellroy en 2014 à la sortie de "Perfidia" © Getty / Taylor Hill

Depuis trois ans, James Ellroy a entrepris son projet le plus ambitieux : un nouveau Quatuor de Los Angeles. On est en décembre 1941, à la veille de l’attaque japonaise de Pearl Harbour. Les Etats-Unis s’apprêtent à entrer en guerre....

Le roman s’appelle Perfidia, tout un programme !

Hideo Ashida. Jeune scienfitique. Double doctorat. Passionné de criminologie. Et malheureusement pour lui, fils d’immigrés japonais pris dans la tourmente de la guerre, en pleine hystérie anti-japonaise.

C’est de cela qu’il est question dans Perfidia.

Début décembre 1941. Une partie de l’Amérique ne veut pas de la guerre. Ils sont nombreux à penser, comme Gerald Smith, « qu’aucun Américain sain d’esprit ne désire se battre pour les youpins. ». Smith, leader de l’extrême-droite américaine, a affublé le président du sobriquet de « Franklin Déloyal Roosenfeld ». C’est par sa voix qu’Ellroy commence son roman.

Le débarquement allié sur les plages de Normandie nous a fait oublier cette Amérique isolationniste et antisémite.

Le 7 décembre 1941, c’est l’attaque surprise de Pearl Harbor. Le Japon détruit la flotte américaine stationnée à Hawaï. Roosevelt n’a pas d’autre choix que de déclarer la guerre :

SON Discours de Pearl Harbor, Roosevelt le 8 décembre 1941 : « Quel que soit le temps qu’il nous faudra pour contrer cette invasion préméditée, le peuple américain, sûr de son droit, parviendra à la victoire totale. »

A Los Angeles, c’est la sidération. La ville devient insomniaque. La guerre redouble l’appétit de vivre. La belle et mystérieuse Kay Lake multiplie les conquêtes ; les starlettes d’Hollywood font des passes entre deux contrats ; Dudley Smith, le flic pourri, danse avec Bette Davis sur les accents langoureux de Perfidia, chanson d’amour et de trahison, interprétée par l’orchestre de Glenn Miller…

Extrait chanson de Glenn Miller

C’est ce moment que la famille Watanabé choisit pour mourir. Le père, la mère, le fils et la fille. Quatre Japonais apparemment sans histoire. Suicide ou assassinat ? Chacun essaie d’orienter l’enquête selon ses intérêts propres. Dudley Smith, le ripoux, parce qu’il veut profiter des expropriations de japonais pour faire fortune ; le capitaine Parker, parce qu’il veut réformer la police et en devenir le directeur ; Hideo Ashida, criminologue brillant et fils d’immigrés japonais, parce qu’il veut se rendre indispensable et éviter l’internement de sa famille.

Ellroy montre la mise en place de la machine policière et administrative destinée à neutraliser la fameuse « cinquième colonne »… Et même à dépouiller de ses biens la communauté américano-japonaise, soupçonnée en bloc de travailler pour le compte de la puissance ennemie. Une période peu glorieuse, reconnaît James Ellroy. C’était le 4 mai 2015, au micro d’Augustin Trapenard sur France Inter :

Interview James Ellroy

Même si le roman se termine par le mot « amour », Perfidia, c’est la condition humaine selon Ellroy, tout entière concentrée dans les bas-fonds de l’histoire :cupidité, violence, opportunisme. Avec peut-être, un espoir de rédemption.

Perfidia, de James ELLROY, traduit par Jean-Paul GRATIAS, est publié chez RIVAGES.

L’édition de poche paraîtra en septembre, au moment du Festival America de Vincennes dont James ELLROY est cette année l’invité d’honneur.

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