Malgré la décision historique de la Cour suprême qui a légalisé l’avortement en 1973, l’IVG reste un sujet passionnel aux Etats-Unis.

Pomme
Pomme © Getty / Smith Collection/Gado

Dans un roman très fort et très engagé, l’écrivain John Irving prend la question à bras le corps. L’œuvre de Dieu, la part du Diable, écrit en 1985, reste étonnamment d’actualité.

Saint Cloud’s, dans le Maine, est un endroit perdu. Ce n’est pas pour leur plaisir que les femmes y arrivent tôt le matin, avec l’espoir d’en repartir à la nuit tombée, en passant inaperçues si elles le peuvent. A la gare, elles demandent l’orphelinat. Là, officie le Dr Larch. Obstétricien. Il aide les femmes à accoucher. C’est l’œuvre de Dieu. Et il est aussi avorteur. « Ses confrères appelaient cela l’œuvre du Diable, mais pour Wilbur Larch, tout était l’œuvre de Dieu. »

Pour le Dr Larch, les femmes ont le droit d’avoir le choix. Il agit par conviction. En toute illégalité.

Car dans les années 30/40 et bien après, l’avortement était illégal. Et aujourd’hui encore, certains sont prêts, comme le candidat conservateur Donald Trump, à abroger ce droit pour séduire l’électorat le plus conservateur. C’était le 30 mars dernier :

-Est-ce que l’avortement devrait être puni ? (demande le journaliste) -Certains Républicains pensent que oui. (répond Trump) -Mais vous ? -Je suis pro-vie -Pensez-vous que l’avortement doit être puni, oui ou non ? -La réponse est oui. Il doit y avoir une forme de punition pour les femmes.

Trump est immédiatement revenu sur cette déclaration. Mais le sujet reste brûlant.

Irving regrette que plus de trente après son livre, l’IVG soit remise en cause de façon récurrente.

Extrait de L’humeur vagabonde, avril 2013, sur France Inter

Aujourd’hui encore, John Irving reçoit des lettres de médecins. Ils le remercient pour ce roman, qui doit beaucoup à sa mère. Mme Irving était une militante pro-choix de la première heure. Elle était conseillère familiale et elle a vu trop de grossesses non désirées.

A l’orphelinat de Saint-Cloud’s, il n’y a que cela, des enfants non désirés à qui le Dr Larch s’efforce de donner confiance en l’avenir et en eux-mêmes.

Tous les soirs, à l’heure du coucher, il les salue à travers le dortoir : « Bonne nuit, princes du Maine, rois de Nouvelle-Angleterre. »

Il y a un autre rituel à l’orphelinat. Chaque soir il y a une lecture à voix haute. Jane Eyre de Charlotte Bronte pour les filles. Les Grandes espérances de Dickens, pour les garçons…

Des histoires d’orphelins, bien sûr. Chaque soir le jeune Homer Wells se murmure à lui-même le début de David Copperfield : « Deviendrai-je le héros de ma propre vie ? »

John Irving a une admiration sans borne pour Dickens. Il s’inscrit dans la frande tradition du roman du 19ème siècle.. Il y a donc une profusion de détails, de personnages secondaires, au milieu desquels émerge Homer Wells, l’orphelin aux quatre adoptions ratées. Il devient l’assistant du Dr Larch, mais résiste à l’idée de lui succéder. Il ne veut pas pratiquer d’IVG.

La vie se chargera de le faire changer d’avis. Il pourra reprendre à son compte ce que dit le Dr Larch, au moment de quitter la maison bourgeoise où il vient de pratiquer son deuxième avortement. Parlant de la jeune patiente, il fait ses recommandations à la famille : « Traitez la comme une princesse. Personne n’a le droit de lui faire honte. »

L’Oeuvre de Dieu, la part du Diable de John Irving, traduit de l’anglais par Françoise et Guy Casaril, est publié au Seuil. Existe en collection de poche Points-Seuil.

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