Richard Ford est l’un des plus grands écrivains américains vivants.

Durant l'été 1960, des incendies de forêt ont ravagé le Montana
Durant l'été 1960, des incendies de forêt ont ravagé le Montana © Getty / David McNew/Getty Images

*_« Une saison ardente »_ n’est pas son livre le plus connu mais c’est sans doute le plus sensible.
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Joe, un adolescent solitaire et renfermé, raconte les trois jours durant lesquels il a été chassé du paradis éternel de l’enfance en prenant conscience du monde des adultes.

C’est un récit bref, à peine plus de 200 pages, mais tout y est dit, et avec finesse, du désarroi de l’adolescence face au monde des adultes.

L’intrigue est tristement banale, comme la vie de cette famille de la petite classe moyenne : un homme perd son travail, sa femme tombe amoureuse d’un autre, elle le plaque.

Sauf que tout cela se passe sous le regard de leur fils. Il observe en silence cet incendie familial qui éclate alors qu’un autre feu, un immense feu de forêt, un incendie criminel, ravage les alentours.

Joe raconte sans faire de grands discours. Il ne comprend pas, il ne juge pas, il décrit ce qu’il voit avec la précision d’un entomologiste.

Le père se porte volontaire pour combattre pour aller combattre le feu. Son absence durera trois jours durant lesquels la mère vit ouvertement et outrageusement, sous les yeux de son fils, sa passion naissante pour un homme de la ville.

Pour Joe, au terme de ces trois jours, c’est la perte de l’innocence :

J’avais l’impression que les beaux jours de ma vie étaient finis et que d’autres choses commençaient. J’avais presque 17 ans.

Tout est raconté à la manière d’un peintre impressionniste, par de toutes petites touches. Pas de grands discours, très peu de dialogues. Le plus souvent, Joe préfère ne rien dire, "sinon, dit-il,quelque chose en moi se serait brisé ».

A l’origine, pourtant, Joe grandissait heureux. Fils unique entre son père, professeur de golfe et sa mère comptable, qui l’aimaient et qui s’aimaient depuis leur jeunesse.

C’est toujours comme ça, dit la mère, les gens font toujours n’importe quoi. Sans aucun plan. Tu sais, Joe, dit le père un peu plus loin, tout ça finira par perdre de l’importance un jour. Tu oublieras une grande partie de cette histoire

Des années plus tard, le fils, devenu adulte, n’a pas oublié. La vie de ses parents a encore changé, pourtant, « il reste bien des choses, que moi, leur fils unique, je ne puis prétendre entièrement comprendre".

Une saison ardente, de Richard FORD, traduit par Marie-Odile Fortia-Masek, est publié aux éditions de L’Olivier. Disponible en poche, collection Points-Seuil.

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