San Fransisco, fin des années 1970. "Fairyland" revient sur les années de lutte pour les droits de la communauté homosexuelle.

Il y a tout juste un mois, un attentat faisait 49 morts dans une boîte gay d’Orlando, en Floride. Le livre dont vous nous parlez aujourd’hui revient sur les années de lutte pour les droits des homosexuels. On est à la fin des années 70, à San Francisco. La ville gay-friendly par excellence, comme on ne disait pas encore à l’époque. Le lieu de la contestation et de la contre-culture.

Fairyland, en français, c’est le royaume enchanté, celui de l’enfance et de San Francisco. C’est là qu’ Alysia Abbott a grandi, élevée par un père veuf, poète, militant et homosexuel. C’est cette relation unique qu’elle décrit dans ce livre de souvenirs, avec en toile de fond la lutte pour les droits des homosexuels, et plus tard, les ravages du Sida.

On adore le climat d’insouciance, la fantaisie délicieuse des premiers chapitres. On se croirait dans les Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin. C’est la vie de bohême. Alysia et son père vivent avec des colocataires aussi givrés les uns que les autres. Le petit ami du père s’habille en robe pour aller chercher Alysia au centre aéré. Seules comptent la drague, la fumette et l’écriture. Et bien entendu, la petite participe à toutes les Gay Pride.

C’est la partie lumineuse du livre, mais il y a aussi un versant plus sombre.

San Francisco, c’est la ville à l’esprit indépendant et rebelle. On perçoit bien dans Fairyland, cet arrière-plan politique et culturel. Pourtant, il y a un premier coup de tonnerre. L’assassinat d’Harvey Milk en 1978. Le premier conseiller municipal ouvertement homosexuel de San Francisco. Et surtout l’apparition du SIDA. Le désarroi face à la maladie dont ne sait presque rien à l’époque. L’indifférence de l’administration Reagan. Les amis, jeunes, beaux, talentueux, qui succombent les uns après les autres. La communauté homosexuelle s’organise toute seule pour que les malades puissent au minimum mourir dans des conditions décentes.

Alysia sait obscurément, même si elle n’a pas envie de savoir, que son père est touché. Elle ne se donne pas le beau rôle. Oui, elle s’est occupée de son père, mais elle a craqué aussi, elle lui en a voulu de peser si lourd sur ses années de jeunesse, elle a été soulagée quand il a quitté la maison pour un établissement de soins palliatifs. Qui pourra reprocher à cette fille de 20 ans son égoïsme de survie ?

Fairyland est aussi le portrait d’un père débordant d’amour pour sa fille, respectueux de sa personnalité, soucieux de son éducation. Un père homo, et alors ?

Fairyland, d’Alysia Abbott est publié aux éditions Globe. Il vient de paraître dans la collection de poche 10/18.

Alysia Abbott sera l’une des auteurs invités du festival de littérature America, à Vincennes, du 8 au 11 septembre.

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