Le 21 mars 2016, l’avion de Barack Obama, Air Force One, se posait à La Havane. Première visite d’un président américain en 88 ans.

"Bloody Miami" de Tom Wolfe (détail de la couverture)
"Bloody Miami" de Tom Wolfe (détail de la couverture) © Pocket

Dans le discours prononcé le lendemain, Barack Obama évoquait les nombreux Cubains venus trouver refuge aux Etats-Unis. C’est d’eux et de leurs descendants, qu’il est question dans Bloody Miami, le dernier roman de Tom Wolfe.

Miami était la seule ville du monde dont plus de la moitié des habitants étaient des immigrés de fraîche date. Qui s’en serait douté ? Une fraction d’entre eux, les Cubains, avait la haute main sur toute la police municipale-un maire cubain, des chefs de service cubains, des flics cubains, des flics cubains, encore des flics cubains, soixante pour cent de la police étaient constituée de Cubains auxquels s’ajoutaient dix pour cent d’autres Latinos.

Nestor Camacho est justement l’un de ces flics cubains de Miami. Quatre ans d’ancienneté. Récemment promu dans la Patrouille maritime, unité d’élite. Alors quand son supérieur lui demande d’aller récupérer, au péril de sa vie, un type arrivé par la baie de Biscayne, un type qui se prétend dissident cubain, il fonce. Et il croit bien faire.

Sauf que quand il rentre chez lui, le soir venu, il est accueilli par un silence de mort. Sauf que dans la petite ville de Hialeah, véritable Little Havana, personne ne lui adresse plus la parole. Aux yeux de ses parents, de ses voisins, il est devenu un traître. Celui qui a permis l’arrestation d’un pauvre émigré. Comme eux-mêmes l’ont été à leur époque.

Car ils ne l’oublient pas, eux aussi ont fui le régime cubain. Dans forcément imaginer qu’un jour, un président américain se poserait de nouveau à La Havane, comme l’a fait Barack Obama en mars 2016 :

 Aujourd’hui, en tant que président des Etats-Unis, j’offre au peuple cubain un salut de paix. La Havane est à seulement 140 kilomètres de la Floride, mais pour arriver ici nous avons dû franchir une grande distance.

Mais pour Nestor, ce passé est déjà loin. Il a beau s’énerver quand on prononce son prénom à l’américaine, Nis-Ter au lieu de Nestor, il se sent « très large d’esprit, un jeune homme de son temps, noble et tolérant », écrit Tom Wolfe avec une pointe d’ironie. Nestor ne se sent pas lié par un sentiment de loyauté clanique.

Nestor ne comprend pas non plus que sa ravissante petite amie, Magdalena, lui tourne le dos. Surtout si c’est pour devenir la maîtresse d’un psychiatre star des plateaux télé et spécialiste de l’addiction au porno. On croisera aussi un milliardaire russe trop généreux pour être honnête, un professeur haïtien prêt à tout pour que ses enfants mulâtres passent pour des Blancs, on lira une description hilarante de la foire d’art contemporain de Miami.

Tom Wolfe s’est documenté plusieurs années avant d’écrire ce Bloody Miami. Il décrit un monde excessif, clinquant et féroce. Comme son époque. Mais il se dévore avec délice. Parce que ça fait du bien de temps en temps d’avoir mauvais goût.

Bloody Miami de Tom Wolfe, traduit par Odile Demande,est publié aux éditions Robert Laffont. Et en collection de poche chez Pocket.

"Bloody Miami" de Tom Wolfe
"Bloody Miami" de Tom Wolfe / Robert Laffont / Pocket
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